TL;DR :
• YouTube maintient sa domination CTV US grâce à son modèle hybride économiquement supérieur
• Les chaînes FAST découvrent l'impératif du live : CPM 12-18$ contre 3-7$ pour les boucles classiques
• Fox/YouTube TV trouvent un accord de dernière minute pour éviter le blackout
• ATSC 3.0 intègre le codec VVC pour des gains de compression 84% vs MPEG-2
• L'industrie streaming évolue vers le live comme levier de différenciation et monétisation
Cette semaine, nous analysons les évolutions qui traversent l'écosystème streaming fin août. YouTube consolide sa position sur les télévisions connectées américaines pour le sixième mois consécutif, les chaînes FAST découvrent l'économie du contenu live, et l'industrie technique avance sur les nouveaux standards de compression. Parallèlement, Fox et YouTube TV trouvent un accord pour maintenir leurs chaînes en ligne.
YouTube maintient son avantage CTV
Premier point marquant : YouTube conserve sa position dominante sur les télévisions connectées américaines selon Nielsen. La plateforme Google capture 13,4% du temps de visionnage TV en juillet, creusant l'écart avec Disney (9,4%) de 4 points, soit le plus grand écart observé depuis le lancement du Media Distributor Gauge en novembre 2023.
Cette position YouTube illustre l'efficacité de son modèle structurel. Alors que les plateformes streaming traditionnelles stagnent, YouTube TV profite de la période estivale pour renforcer sa présence. Netflix maintient sa troisième place avec 8,8% des minutes visionnées, soit une progression modeste de 0,5 point par rapport à juin.
L'avantage concurrentiel de YouTube repose sur plusieurs piliers : bibliothèque de contenu alimentée par l'économie créateur, algorithme adapté au visionnage passif, et modèle économique hybride gratuit/payant qui évite les coûts de production Hollywood.
La stratégie génère des résultats financiers solides. Les revenus publicitaires YouTube TV atteignent des CPM entre 35 et 55 dollars, soit trois fois les tarifs mobile. Cette prime CTV alimente une croissance publicitaire de 34% au second trimestre selon l'IAB, positionnant YouTube comme acteur central de la télévision connectée.
ATSC 3.0 adopte le codec VVC
Deuxième avancée technique : l'ATSC (Advanced Television Systems Committee) évalue VVC comme standard candidat pour rejoindre l'écosystème ATSC 3.0 aux côtés d'HEVC.
L'enjeu technique est notable. VVC (Versatile Video Coding, aussi appelé H.266) offre une économie de compression de 84% comparé à MPEG-2 utilisé dans ATSC 1.0, contre 75% pour HEVC actuellement déployé. Cette efficacité supérieure ouvre la voie à la diffusion 8K terrestre et libère de la bande passante pour les services datacasting.
L'adoption internationale de VVC progresse. Le Brésil finalise ses standards TV 3.0 basés sur ATSC 3.0 avec VVC intégré pour un lancement commercial prévu en 2026. L'Europe via DVB, le Japon avec ARIB, et plusieurs organismes techniques (SCTE, DASH-IF) ont intégré VVC dans leurs standards.
Madeleine Noland, présidente d'ATSC, explique : "Il est important pour ATSC de rester en avance. En observant l'évolution de VVC dans le monde, cela semble être un investissement pertinent." La période de standard candidat dure typiquement plusieurs mois avant ratification finale par les membres.
L'impact sur l'écosystème streaming est direct : VVC permettra des flux 4K/8K plus efficaces, réduisant les coûts CDN et améliorant l'expérience utilisateur sur les réseaux à bande passante limitée. Les premiers décodeurs matériels VVC émergent, accélérant l'adoption côté consumer.
Cette standardisation VVC dans ATSC 3.0 aligne l'Amérique du Nord avec les développements européens et asiatiques, facilitant l'interopérabilité des équipements et contenus à l'échelle mondiale.
Fox et YouTube TV trouvent un accord
Troisième développement : Fox Corporation et YouTube TV concluent un accord de distribution jeudi soir, évitant un blackout qui aurait affecté 8 millions d'abonnés américains.
Le différend révèle les tensions habituelles dans l'écosystème de distribution. YouTube TV reprochait à Fox de demander des "paiements largement supérieurs aux partenaires avec des offres de contenu comparables", tandis que Fox accusait Google d'exploiter "son influence en proposant des conditions déconnectées du marché".
Le timing était critique avec le college football. L'accord intervient moins de 48 heures avant le match Ohio State vs Texas (#1 vs #3), diffusé samedi sur Fox à midi ET. Ohio State a finalement battu Texas 14-7 dans ce qui était présenté comme l'un des plus gros matchs d'ouverture de saison depuis des années.
Cette situation illustre l'évolution des rapports dans l'écosystème TV. YouTube TV, lancé il y a huit ans, est devenu un distributeur majeur grâce à ses innovations (Multiview, accès NFL Sunday Ticket) et ses ajustements tarifaires réguliers liés aux coûts de programmation.
Le match a également servi de test grandeur nature pour Fox One, le nouveau service streaming de Fox lancé le 21 août à 19,99$ par mois, qui agrège toutes les chaînes Fox (News, Sports, Weather, FS1, FS2, Business, local) en une seule offre directe. Cette stratégie D2C complète l'approche traditionnelle de distribution via les opérateurs.
L'accord préserve l'accès à l'ensemble des chaînes Fox sur YouTube TV, mais les termes financiers restent confidentiels. Cette résolution confirme que les disputes de carriage se règlent généralement avant les événements sportifs majeurs, qui servent de leviers de négociation.
Les chaînes FAST explorent l'économie du live
Quatrième enseignement : les chaînes FAST intègrent du contenu live pour améliorer leur viabilité économique selon le 15ème rapport global d'Amagi sur l'écosystème Free Ad-supported Streaming TV.
Les données révèlent une réalité économique claire : 84% des événements live gérés par Amagi au premier trimestre 2025 étaient du sport, expliquant pourquoi les éditeurs investissent dans la programmation temps réel.
L'écart de monétisation justifie cette orientation. Les CPM publicitaires des chaînes FAST avec programmation live atteignent 12-18 dollars, contre 3-7 dollars pour les boucles de contenu classiques. Cette différence de 150-200% compense les coûts additionnels de production et distribution live.
Gracenote confirme la croissance du secteur FAST : 1850 chaînes répertoriées, croissance de 14% au second trimestre et +76% depuis 2023. Les documentaires dominent avec 16,1% de la programmation, suivis par le drama (10,6%) et l'actualité (9,9%).
L'actualité s'impose comme le genre à plus forte croissance (+37% au dernier trimestre), reflétant l'intérêt des éditeurs pour le contenu temps réel générateur de revenus. Samsung TV Plus lance 15 nouvelles chaînes FAST intégrant du live quotidien pour différencier son écosystème CTV face à Roku et Amazon Fire TV.
Cette évolution marque la transition des chaînes FAST d'un modèle de rediffusion low-cost vers des grilles de programmation live hybrides, approche nécessaire pour atteindre la rentabilité publicitaire.
L'écosystème streaming évolue autour du live
L'analyse de cette quinzaine révèle une évolution notable autour du contenu live et temps réel. YouTube maintient sa domination grâce à son modèle hybride qui intègre naturellement live et replay. Les chaînes FAST découvrent que le live génère une monétisation publicitaire plus attractive.
Cette convergence vers le live répond à l'évolution des attentes d'usage. Après des années de sur-production SVOD, les utilisateurs recherchent des expériences temporellement situées que le direct peut offrir. Le streaming adopte ainsi certains codes de la télévision traditionnelle, mais avec personnalisation et adressabilité en plus.
Les infrastructures techniques accompagnent cette mutation. L'edge computing, les CDN spécialisés et les architectures multiview deviennent importantes pour délivrer des expériences live de qualité. Les plateformes qui investissent dans ces technologies prennent une longueur d'avance.
La monétisation publicitaire évolue vers le live : CPM supérieurs, ciblage temps réel, intégration shopping native. Cette prime économique explique pourquoi tous les acteurs, du géant YouTube aux chaînes FAST émergentes, réorientent leurs stratégies autour de la programmation live.
Perspectives : IBC 2025 annonce l'ère de l'infrastructure all-IP
Le mois de septembre s'ouvre avec IBC 2025 Amsterdam (12-15 septembre) qui positionne la transition vers l'infrastructure all-IP comme enjeu central de l'industrie. La convention internationale du broadcasting réunit plus de 1350 exposants autour du thème "Shaping the Future".
Les annonces techniques convergent vers l'infrastructure edge. Zixi présente ses solutions IP pour la distribution next-gen, notamment dans le projet "Master Control Room in the Cloud" développé avec BBC et RTE. NetActuate propose une réduction des coûts de 30-70% pour les diffuseurs via son infrastructure edge globale et sa facturation à l'usage.
L'agenda IBC intègre massivement l'IA dans les workflows (zone dédiée IBC AI Tech), standardise le streaming à grande échelle, et explore les partenariats stratégiques comme réponse à la fragmentation du marché.
Cette convergence technique illustre la maturation de l'industrie streaming vers des infrastructures hybrides broadcast/IP, des modèles économiques plus flexibles, et une différenciation par l'expérience live plutôt que par le catalogue.
Les développements présentés à IBC dessinent les contours de l'écosystème streaming des prochains mois : edge computing généralisé, interopérabilité IP standardisée, et monétisation basée sur l'engagement temps réel.
Sources












