« Vous pénétrez dans une zone mystérieuse — celle de l’imagination. Un voyage dans une contrée prodigieuse dont les frontières sont celles de l’imagination. Au-delà de ce panneau se trouve une autre dimension : une dimension faite non seulement de son et d’image, mais aussi d’esprit. Un voyage dans une contrée prodigieuse dont les seules frontières sont celles de l’imagination... Vous entrez dans la dimension interdite du streaming. »
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Imaginez, si vous le voulez bien, un format vidéo qui génère 26 milliards de dollars d’ici 2030 — dont 16 milliards rien qu’en Chine — et que personne, strictement personne, n’ose mentionner à voix haute dans les grandes conférences tech du streaming. Un format qui représente aujourd’hui 52,4% des utilisateurs internet chinois, invisible à l’IBC, absent du NAB, ignoré à Cannes. Seul MIPCOM ose placer les micro-dramas “au centre” en octobre 2025 avec deux sessions dédiées et des distributeurs vertical-first “sur des emplacements premium” — mais MIPCOM, c’est le marché des contenus TV, pas une conférence broadcast. Un format dont les coûts de production oscillent entre 2 000 et 300 000 dollars par série complète, et qui fait trembler les studios Hollywood qui dépensent 200 millions pour une saison de The Last of Us.
Bienvenue dans le vertical drama — ou micro-drama, ou short-form drama, selon qui vous parle et à quel point il essaie de minimiser la menace.
J’ai commencé à couvrir ce phénomène en avril 2025 avec un premier podcast, puis approfondi l’analyse en juillet avec un article détaillé sur l’économie des micro-dramas. Dans SR #27, j’évoquais le vertical drama comme l’un des signaux faibles à surveiller en 2026. Trois semaines plus tard, le signal n’est plus faible du tout.
Vous venez d’entrer... dans la Dimension Interdite du streaming.
Acte I : The Witness : Quand l’IA Prend la Scène
« Rod Serling ouvre l’épisode : un homme ordinaire, dans une situation ordinaire, découvre soudain que les règles ont changé. »
Le 29 janvier 2026, Darren Aronofsky — cinéaste derrière Requiem for a Dream, Black Swan, The Whale — annonce On This Day... 1776, une série animée générée par IA en collaboration avec Google DeepMind. Diffusée tout au long de 2026 sur YouTube avec des épisodes hebdomadaires.
La série raconte l’histoire de la Révolution américaine en épisodes courts, avec des personnages historiques recréés par IA. Pas d’acteurs traditionnels pour les visuels — juste des voix SAG-AFTRA, du motion capture synthétique, et les modèles génératifs Veo de Google. L’accueil du public ? Brutal. Les commentaires évoquent “de la merde au micro-ondes” et “du slop”. Mais ce n’est pas le point.
Le twist : Aronofsky n’est pas un débutant fasciné par la tech. C’est un réalisateur oscarisé qui sait exactement ce qu’implique diriger des comédiens, gérer un budget, négocier avec des distributeurs. S’il bascule vers cette approche, ce n’est pas par naïveté, c’est parce qu’il voit quelque chose que les autres refusent encore d’admettre.
Aronofsky ne produit pas du micro-drama au sens strict : ses épisodes ne sont pas des romances verticales de 90 secondes façon ReelShort. Mais il trace un chemin que les producteurs chinois connaissent déjà : le contenu court narratif est le laboratoire idéal pour l’industrialisation IA. Coûts réduits, cycles de production accélérés, itération rapide. Ce que Google et Aronofsky testent sur YouTube aujourd’hui, DramaBox et FlexTV l’appliqueront demain à l’échelle industrielle.
Car pendant qu’Hollywood hésite, le vertical drama chinois, lui, n’a pas attendu. Le marché est passé de 500 millions de dollars en 2021 à 7 milliards en 2024, et devrait atteindre 16,2 milliards d’ici 2030. Les coûts ? Une série verticale chinoise standard : 50 000 à 100 000 dollars pour 80-100 épisodes de 1-2 minutes. Une série “premium” occidentale : 150 000-300 000 dollars.
Comparez à Prime Video : 200 millions de dollars pour The Last of Us saison 1. Comparez à Netflix : 50 à 60 millions de dollars PAR EPISODE pour la dernière saison de Stranger Things. Soit le budget de 2 000 séries verticales chinoises standard.
L’IA générative va réduire ces coûts encore plus drastiquement. Le studio Primordial Soup d’Aronofsky pose la question que personne ne veut entendre : si un réalisateur oscarisé accepte l’IA pour du contenu court, combien de temps avant que les producteurs de micro-dramas adoptent massivement la production 100% synthétique ?
Le vrai scandale n’est pas qu’Aronofsky utilise l’IA. C’est qu’il confirme ce que les studios refusent d’admettre : le contenu court devient le territoire de test de l’industrialisation IA.
Acte II : The Monsters Are Due on Maple Street : Disney+ et Netflix Pivotent (Enfin)
« Les voisins commencent à se soupçonner. Qui est l’imposteur ? Qui collabore avec l’ennemi ? »
Les plateformes SVOD majeures n’ont plus le choix : elles doivent répondre. Mais aucune ne veut admettre publiquement qu’elle “fait du micro-drama”. Trop réducteur. Trop cheap. Trop... TikTok.
Alors elles maquillent.
Disney+ a annoncé en janvier 2026 au CES qu’il intégrerait des vidéos verticales à son service cette année. La stratégie ? “Tout est sur la table“ selon Erin Teague, vice-présidente exécutive de la gestion produit chez Disney : contenus courts originaux, clips sociaux recyclés, scènes refaçonnées de leurs titres longs. L’objectif : transformer Disney+ en “destination quotidienne incontournable“.
Disney ne part pas de zéro : ESPN+ a lancé “Verts” en août 2025, une section vidéo verticale pour contenus sports. Le test a fonctionné. Maintenant, Disney élargit à l’entertainment. Leur avantage ? Une bibliothèque massive de courts métrages déjà produits qu’ils peuvent reformater pour le vertical. Captain America en 90 secondes. Grogu en mini-missions de 2 minutes.
Pour les Français, imaginez Canal+ qui découperait Engrenages en clips de 2 minutes optimisés pour le scroll. Absurde ? C’est exactement ce que Disney s’apprête à faire avec ses franchises Marvel et Star Wars.
La différence stratégique avec les apps chinoises : Disney recycle ses franchises existantes plutôt que de créer des IP originales verticales. Le pari : l’attachement émotionnel aux personnages compense le format “pauvre”.
Paramount+ reste discret, mais teste des contenus verticaux en interne. Leur stratégie pourrait pencher vers le licensing massif de contenus chinois traduits, coût d’acquisition quasi nul pour monétiser via leur base d’abonnés existante.
Netflix reste silencieux. Aucune annonce officielle. Mais Elizabeth Stone, CTO de Netflix, a évoqué en 2025 l’expansion de leur feed vidéo vertical pour “différents types de contenus”. C’est la méthode Netflix : ne communiquer que quand c’est prêt, parfait, et scalable. Mais ils savent. Ils ont les données. 8 milliards de dollars de marché mondial, c’est impossible à ignorer, même pour Reed Hastings.
Acte III : The Invaders : TikTok Franchit le Rubicon
« L’invasion a commencé. Pas avec des armes — avec des formats. »
TikTok ne se contente plus de distribuer du contenu court. PineDrama, lancé le 16 janvier 2026, est une app dédiée entièrement aux micro-dramas, séparée de TikTok. Disponible aux États-Unis et au Brésil (deux marchés tests stratégiques).
Le modèle ? Actuellement gratuit et sans publicité, mais selon Hernan Lopez d’Owl & Co, “ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils introduisent des abonnements et monétisent”. TikTok ne produit pas lui-même les dramas : ils signent des accords de licensing avec des studios chinois et américains pour obtenir les droits de distribution.
Les premières données sont brutales : trois titres ont déjà dépassé 100 millions de vues chacun. “Love at First Bite” a enregistré 18 millions de vues.
TikTok a compris ce que les autres n’osent pas admettre : le vertical drama est un produit d’appel. Les utilisateurs viennent pour le drama cheap, restent pour l’écosystème. Une fois qu’ils ont payé 4,99$ pour débloquer une série, le pas psychologique vers d’autres services TikTok (TikTok Shop, TikTok Live abonnements) est franchi.
ByteDance ne vise pas à devenir HBO. Ils visent à devenir l’infrastructure de monétisation du contenu court. PineDrama n’est qu’une tête de pont.
Acte IV : Living Doll : Quand la SAG-AFTRA Découvre le Pot aux Roses
« La poupée parle. Elle sourit. Elle bouge. Mais elle n’est plus humaine. »
Pendant que les plateformes testent leurs stratégies verticales, un autre acteur s’est réveillé : les syndicats.
En octobre 2025, la SAG-AFTRA a annoncé un “Verticals Agreement”, un contrat spécifique pour les productions de micro-dramas avec budgets inférieurs à 300 000 dollars. Le président Sean Astin a déclaré : “SAG-AFTRA perçoit l’avènement des ‘verticals’ comme un nouvel espace excitant”.
Mais derrière la langue de bois syndicale, la réalité est plus sombre. Duncan Crabtree-Ireland, directeur exécutif national, prépare déjà les négociations 2026 où l’IA sera un sujet central. Le syndicat sait ce qui se profile.
Le raisonnement est simple : une série verticale chinoise emploie 5-8 acteurs sur 10 jours de tournage. Une série IA n’en emploie zéro. Si le marché américain, qui a généré 819 millions de dollars en 2024 avec projection à 3,8 milliards d’ici 2030 — bascule massivement vers l’IA générative, c’est potentiellement des dizaines de milliers de rôles annuels qui disparaissent.
Mais le vrai poison n’est pas le chômage direct : c’est la dévalorisation structurelle. Quand des séries générées pour 20K$ génèrent le même engagement (voire plus) que des séries à acteurs réels à 200K$, pourquoi les producteurs continueraient-ils à payer des comédiens ?
Le syndicat a publiquement condamné la création de “Tilly Norwood”, une actrice IA synthétique, en septembre 2025 : “Ce n’est pas un acteur, c’est un personnage généré par ordinateur entraîné sur le travail d’innombrables performeurs professionnels, sans permission ni compensation”.
La SAG-AFTRA négocie. Mais ils négocient avec des gens qui prétendent ne pas faire de micro-drama tout en déposant des budgets verticaux massifs. C’est Kafka meets Serling.
Acte V : Time Enough at Last : Les Apps Pures Ramassent la Mise
« L’homme qui voulait juste lire en paix se retrouve seul... avec tous les livres du monde et des lunettes brisées. »
Pendant que Hollywood hésite et que les syndicats négocient, les apps dédiées micro-dramas : DramaBox, ReelShort, FlexTV, ShortMax, continuent tranquillement de croître à rythme industriel.
DramaBox (Crazy Maple Studio) a rapporté 323 millions de dollars de revenus en 2024, avec 10 millions de profit net. L’app compte 217 millions de dollars de revenus app store en 2024, contre seulement 8 millions en 2023.
Leur modèle est chirurgical :
Production low-cost : 80-100 épisodes produits pour 60-80K$
Freemium agressif : 15 premiers épisodes gratuits, ensuite 0,99$/épisode ou 9,99$/mois abonnement illimité
User acquisition payante : coût d’acquisition client via Facebook/TikTok
Lifetime value moyen : 42 dollars par utilisateur converti
ReelShort (COL Group) génère environ 400 millions de revenus annuels mais reste non-rentable, surinvestissant en production “premium” (budgets 200-400K$/série). Avec 70 millions d’utilisateurs actifs mensuels en octobre 2025, ils dominent le marché US (90% de leur audience).
FlexTV, MyDrama et autres nouveaux entrants lèvent des fonds massifs. Holywater (propriétaire de MyDrama) a levé 22 millions en série A, décrit comme “le plus gros investissement dans l’espace micro-drama hors Asie”.
Le marché global ? 11 milliards de dollars en 2025 selon Omdia, avec 83% venant de Chine. Le Q1 2025 a généré à lui seul 3,3 milliards de dollars, en hausse de 23% par rapport au Q4 2024.
Le signal est clair : l’industrie verticale se structure. Ce n’est plus du Wild West.
La consolidation arrive. Les mêmes dynamiques qui ont conduit au bundling SVOD (Disney+/Hulu, Max/Discovery+) sont à l’œuvre. ReelShort brûle du cash pour dominer le marché US : combien de temps avant qu’un acteur plus gros (ByteDance ? Amazon ? Netflix en embuscade ?) ne décide qu’il est moins cher d’acheter que de construire ? DramaBox, avec ses 10 millions de profit net et son modèle éprouvé, est une cible d’acquisition évidente. Comme l’analyse Yann Colleter de The Streaming Lab : “La compétition est maintenant sur qui peut scaler le plus vite et devenir l’app par défaut pour le micro-drama.” 2026 pourrait être l’année où le vertical drama passe de la fragmentation à la concentration. Les petits acteurs qui n’auront pas trouvé de niche ou de repreneur disparaîtront. C’est la loi du streaming : consolider ou mourir.
Et si Netflix, plutôt que de développer son propre vertical en interne, rachetait simplement ReelShort pour ses 70 millions d’utilisateurs mensuels ? À 400M$ de revenus annuels, même à 5x le multiple, ça représente 2 milliards, soit le budget de Stranger Things saison 5 et Wednesday saison 2 combinées. Pour Netflix, ce serait une erreur d’arrondi. Et soudain, le géant du streaming aurait accès à un format qu’il refuse officiellement d’admettre vouloir, une base d’utilisateurs mobile-first qu’il peine à conquérir, et un laboratoire de production low-cost pour tester l’IA générative à grande échelle.
Pure spéculation ? Non. Prédiction Streaming Radar : avant fin 2026, un des Big 5 (Netflix, Disney, Amazon, Apple, Warner) aura racheté une app micro-drama ou lancé un hub vertical dédié. Rendez-vous dans 11 mois pour le bilan.
Acte VI : L’Absent de Marque : Le Vrai Pouvoir Est Invisible
« Dans ce diner enneigé, tout le monde se soupçonne. Mais le vrai Martien n’est pas celui qu’on croit — il était là depuis le début, silencieux, observant. »
Une question mérite d’être posée : avec 25% des dépenses publicitaires micro-dramas qui transitent par Meta, pourquoi Facebook n’a-t-il pas lancé sa propre plateforme de vertical dramas ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Reels génère désormais des revenus massifs, et Meta capte à lui seul une part énorme des dépenses publicitaires sociales. 68% des dépenses publicitaires des apps micro-dramas US vont vers les réseaux sociaux, dont 25% vers Facebook seul, suivi de TikTok (19%), Snapchat (16%) et Instagram (8%).
L’explication la plus probable : Meta préfère rester le canal d’acquisition plutôt que de devenir le producteur/distributeur. Sans les coûts de contenu ni les risques d’exécution, la position est extraordinairement confortable. Pourquoi investir des centaines de millions dans la production quand on peut facturer ceux qui le font ?
Instagram teste aussi la création d’une app TV dédiée pour amener Reels et autres contenus verticaux dans l’environnement salon. Meta construit les rails, les autres font rouler les trains.
YouTube, lui, joue une partition différente — et c’est peut-être la plus intelligente. Avec 70 milliards de vues quotidiennes sur Shorts, Google a la distribution. Le 13 janvier 2026, Google a lancé Veo 3.1 “Ingredients to Video” — un outil IA permettant de générer des clips verticaux à partir de trois images.
Mais le vrai coup stratégique de YouTube est ailleurs : la plateforme s’est transformée d’hébergeur UGC en véritable MAM (Media Asset Management) multiplateforme. Comme le résume Neal Mohan, CEO de YouTube : “We didn’t just create a platform. We built an economy.” En 2025-2026, YouTube Studio intègre désormais création IA, dubbing automatique avec lip-sync, et highlights générés par algorithme — exactement ce que Dalet ou Avid vendent aux broadcasters pour des centaines de milliers de dollars, mais gratuit et natif.
Le constat est brutal pour les éditeurs MAM traditionnels : les workflows des studios ne sont pas conçus pour le multi-cycle de vie que le vertical drama impose. Aujourd’hui, une vidéo premium naît en 16:9, reste en 16:9, meurt en 16:9. Demain, elle devra naître premium, être découpée en shorts, puis recyclée en social — trois formats, trois ratios, trois métadonnées. Les pipelines actuels sont terriblement manuels.
YouTube a résolu ce problème pour les créateurs. Comme l’observe AIR Media-Tech : “Your long-form becomes Shorts. Your Shorts become TikToks. Your TikToks become Reels. One piece of content can generate six separate income streams.” Un contenu, six revenus. C’est exactement le workflow que les studios peinent à industrialiser — et YouTube l’offre en self-service.
Les éditeurs MAM traditionnels parlent d’automatisation IA dans leurs roadmaps. YouTube l’a déjà livré. Celui qui craquera le pipeline “premium → vertical → social” en un clic pour les studios tiendra la plomberie invisible de l’industrie. YouTube, lui, l’a déjà fait — pour les créateurs. La question : combien de temps avant qu’il ne l’étende aux professionnels ?
Google et Meta partagent la même stratégie : être l’infrastructure, pas le contenu. Les deux géants étaient keynote speakers à la conférence “The Future is Vertical” à Seoul en novembre 2025. Signal clair aux producteurs : les plateformes s’intéressent aux micro-dramas... mais comme canal de distribution, pas comme créateurs.
Acte VII : The After Hours : La Réalité Est Ailleurs
« Le train s’arrête. Les mannequins prennent vie. La frontière entre réel et artificiel n’existe plus. »
Revenons à notre question initiale : pourquoi ce format génère des milliards et reste invisible dans les conférences streaming ?
Parce que personne ne veut admettre la vraie révolution.
Le vertical drama n’est pas juste un nouveau format. C’est l’industrialisation complète de la fiction narrative. C’est la transformation de l’écriture, du jeu d’acteur, de la réalisation en processus manufacturier à grande échelle.
Les studios Hollywood font du sur-mesure haute couture : budgets colossaux, stars internationales, production artisanale. Le vertical drama fait du fast fashion algorithmique : templates narratifs, acteurs semi-inconnus (ou IA), production en série à Shenzhen.
Et comme dans la mode, le fast fashion gagne. Pas en prestige, en volume, en fréquence, en revenus totaux.
Les chiffres sont têtus :
Une série HBO : 200M$ budget, 10 épisodes, 6-12 mois de production
Une série vertical : 80K$ budget, 100 épisodes, 10 jours de production
Ratio d’efficacité : 1:2500 en coût par minute, 1:18 en vitesse.
Même si la qualité est objectivement inférieure (et elle l’est), l’économie unit est si favorable que le format peut se permettre un taux d’échec de 95% et rester rentable.
C'est ce que l'industrie refuse de voir. Personne ne veut être Zara. Tout le monde veut être Hermès. Mais Zara fait deux fois le chiffre d'affaires. À des prix cent fois plus bas. Et à la fin de l'année — à peu près le même bénéfice.
Épilogue : To Serve Man : Le Livre Est un Recueil de Recettes
« Le livre était un recueil de recettes. »
Rod Serling terminait souvent ses épisodes par une chute cruelle. Laissez-moi faire de même.
Le micro-drama n’est qu’un symptôme, pas le sujet central.
Le vrai gagnant du vertical drama n’est ni TikTok, ni Disney+, ni DramaBox.
C’est Meta et Google.
Reels : revenus publicitaires massifs. Shorts : 70 milliards de vues quotidiennes. Les deux géants ont choisi de ne PAS entrer dans la production, mais de rester l’infrastructure. Pendant que tout le monde se bat pour produire du contenu, eux vendent les tickets d’entrée.
TikTok produit ? Meta encaisse 25% du budget marketing. Disney+ teste des shorts ? Google monétise la distribution via AdSense. DramaBox lève des fonds ? Facebook facture l’acquisition utilisateur.
Le véritable pouvoir n’est pas dans le contenu — il est dans les rails qui le transportent.
Alors, qui sera le prochain à entrer dans la Dimension Interdite ?
Spotify pourrait lancer une offre “visual podcasts” verticale (audio + vidéo courte). Amazon Prime Video pourrait intégrer un hub vertical pour cross-sell avec ses produits e-commerce. Ou peut-être qu’un acteur qu’on n’attend pas — Apple, Walmart+, même Costco — lancera une app dédiée pour fidéliser ses abonnés.
Le format existe. Les revenus sont prouvés : 819 millions de dollars US en 2024, projetés à 3,8 milliards d’ici 2030. Les coûts de production sont dérisoires. L’infrastructure de distribution est prête.
Il ne manque plus qu’un acteur ayant le courage d’assumer publiquement ce que tout le monde fait en secret : le vertical drama est l’avenir du streaming de masse.
Mais comme dans toute bonne histoire Twilight Zone, on ne saura la vérité qu’au dernier plan.
« Soumis pour votre approbation : un format vidéo. Ni tout à fait cinéma, ni tout à fait télévision, ni tout à fait réseau social. Un format qui existe dans cette cinquième dimension — au-delà de ce qui est connu de l’homme. C’est la zone du milieu entre la lumière et l’ombre, entre la science et la superstition, et elle se trouve entre le gouffre des peurs de l’homme et le sommet de sa connaissance. »
« C’est la dimension de l’imagination. C’est une zone que nous appelons... la Dimension Interdite. »
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Ludovic Bostral est consultant spécialisé streaming/OTT. Ancien CTO chez Majelan, Platform Manager chez Trace+, vétéran M6 (6Play) et co-fondateur d’Afrostream. Il analyse les mutations du streaming sur Streaming Radar.












