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Comment le streaming rebat les cartes des droits sportifs
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Comment le streaming rebat les cartes des droits sportifs

De Zack Nani à ESPN, la révolution est en marche

(Article très long, trop long pour un email, privilégier la lecture sur app, ou site web)

TL;DR : Le streaming devient l'axe central des droits sportifs avec trois modèles gagnants : super-agrégateurs premium (ESPN à 29,99$/mois, Amazon), plateformes ligues (NBA 2027-28, LFP Ligue 1+) et créateurs-diffuseurs (Zack Nani/Saudi Pro League gratuit). Les valorisations explosent : NBA +190% (70 milliards sur 11 ans), NFL +178% (110 milliards), WWE +140% (590M annuels Netflix+ESPN). Disney+ entre dans le football live avec Liga UK/Irlande. Pendant que 42 milliards migrent vers le streaming d'ici 2029, les alternatives gratuites émergent (France TV chaîne sport permanente post-2026, CazéTV Coupe du Monde 2026). L'UFC négocie sa sortie d'ESPN fin 2025 avec Netflix/Amazon en lice pour 1+ milliard annuel.


En 48 heures, deux signaux ont résumé le nouveau rapport de force dans l'univers des droits sportifs. D'un côté, Zack Nani annonce qu'il diffusera gratuitement des matchs de Saudi Pro League sur Twitch et YouTube — un premier accord direct entre un créateur et une ligue professionnelle qui court-circuite les diffuseurs historiques. De l'autre, ESPN confirme le lancement de son service direct-consommateur prévu le 21 août à 29,99$/mois, tout en scellant un accord d'équité croisée inédit avec la NFL.

Ces deux événements, apparemment sans rapport, illustrent la même transformation fondamentale : le streaming n'est plus l'alternative au modèle traditionnel, il en devient l'axe central. Entre démocratisation créateur et consolidation corporate, une nouvelle géographie des droits sportifs se dessine. Cette évolution prolonge nos précédents décryptages sur la révolution silencieuse du co-streaming et les droits sportifs dans l'ère créateur.


Zack Nani : quand les créateurs deviennent diffuseurs

L'histoire commence par un vide. Après que Canal+ a choisi de ne pas renouveler son contrat avec la Saudi Pro League pour cause d'audiences insuffisantes, le championnat qui accueille Cristiano Ronaldo, Karim Benzema et N'Golo Kanté se retrouvait orphelin en France. C'est là qu'intervient Zack Nani, streameur suivi par 600 000 abonnés sur Twitch et 800 000 sur YouTube.

L'accord signé avec IMG, partenaire média de la ligue saoudienne, lui permet de diffuser gratuitement jusqu'à trois matchs par semaine dès le 19 août. "Ce projet reflète une volonté forte de proposer une alternative aux modèles classiques de diffusion", déclare-t-il dans son communiqué. Son modèle économique repose sur trois piliers : publicité algorithmique Twitch, dons communautaires et engagement interactif.

Cette stratégie n'est pas sortie de nulle part. Supporter passionné de l'Olympique Lyonnais depuis son enfance dans la banlieue lyonnaise, Zack Nani a progressivement construit son expertise via des live foot et surtout son émission "Zack en Roue Libre", lancée en 2017. Ce format d'interview longue (90 minutes à 2 heures) lui a permis de recevoir des footballeurs de renom : Karim Benzema (2,6 millions de vues), Didier Drogba, Samir Nasri, Anthony Lopes, Rio Mavuba, Cédric Bakambu, mais aussi des journalistes comme Daniel Riolo et Omar da Fonseca. Cette expertise construite dans le long format lui donne une légitimité unique pour tester un modèle économique inédit : peut-on financer des droits sportifs via l'engagement communautaire sans abonnement ?

L'exemple brésilien de CazéTV apporte un éclairage saisissant. La chaîne YouTube brésilienne, dirigée par Casimiro Miguel, avait acquis les droits de la Ligue 1 française pour diffusion gratuite au Brésil (2024-2027). Mais elle a dû suspendre les retransmissions en août 2024 face à l'afflux massif d'utilisateurs français contournant le géoblocage via VPN. "CazéTV a été informée que les utilisateurs français utilisaient des méthodes pour contourner le géoblocage, ce qui est illégal", expliquait la chaîne.

Ironiquement, CazéTV vient de réussir un coup encore plus retentissant. La FIFA a confirmé un accord par lequel CazéTV diffusera les 104 matches de la Coupe du Monde 2026 au Brésil, orientation gratuit/AVOD avec formats interactifs. Cet accord représente un signal massif d'ouverture de la FIFA aux plateformes natives digitales.


ESPN : la bascule assumée vers le streaming premium

Pendant que les créateurs testent l'accès gratuit, ESPN mise tout sur la consolidation premium. Sa stratégie se déploie sur trois axes simultanés qui redéfinissent l'écosystème sportif américain.

D'abord, la transformation technologique. Le service direct-consommateur ESPN qui sera lancé le 21 août à 29,99$/mois proposera une application repensée avec possibilité de bundle Disney+/Hulu. Cette bascule marquera la fin de l'ère cable-first pour ESPN, qui misera désormais sur l'Average Revenue Per User (ARPU, revenus moyens par utilisateur) direct et la data propriétaire.

Ensuite, l'acquisition de contenus premium. L'accord avec la NFL pour acquérir NFL Network, RedZone linéaire et NFL Fantasy contre 10% du capital d'ESPN représente un "deal d'alignement d'intérêts" rarissime. Cette participation de la NFL est évaluée entre 2,2 et 2,5 milliards de dollars par les analystes de Prosek Partners.

Parallèlement, ESPN sécurise les Premium Live Events de la WWE (WrestleMania, Royal Rumble, SummerSlam) à partir de 2026 pour environ 325 millions de dollars annuels sur cinq ans. Cette surenchère de 78% par rapport aux 180 millions versés par Peacock illustre comment le streaming premium muscle les valorisations. Parallèlement, l'UFC négocie sa sortie d'ESPN fin 2025 avec Netflix, Amazon et Warner Bros Discovery en lice pour un deal potentiel dépassant le milliard annuel.

ESPN construit ainsi un triptyque redoutable : distribution propriétaire (DTC), contenu irrésistible (WWE, NFL, NBA existant), et alignement capitalistique (NFL à 10%). C'est un pari à marge élevée qui mise sur moins d'affiliations câble mais plus d'ARPU et de publicité live sur inventaire premium.


NBA : la révolution post-2026 se prépare

Si ESPN consolide l'existant, la NBA prépare une transformation plus radicale de son modèle de distribution. Les nouveaux contrats 2025-2036 totalisent plus de 70 milliards de dollars sur 11 ans contre 24 milliards pour le cycle précédent (2016-2025), soit une explosion de +190%. Cette hausse porte la valeur annuelle de 2,67 milliards à 6,36 milliards de dollars, mais c'est leur architecture qui révolutionne l'approche.

ESPN/ABC conservent les Finales, NBC fait son retour avec Prime Time et Peacock, tandis qu'Amazon Prime Video obtient un package premium. Cette répartition vise un équilibre entre reach broadcast (NBC/ABC) et engagement streaming (Prime + applications NBA).

Mais la vraie révolution concerne les droits locaux. La ligue prépare une solution nationale de streaming direct pour environ 18 équipes dès 2027-28, destinée à sortir définitivement du piège des Regional Sports Networks (RSN) et des blackouts.

Les RSN sont des chaînes de télévision régionales qui détiennent les droits de diffusion des équipes locales dans leur zone géographique — par exemple, Fox Sports Detroit pour les Pistons ou Bally Sports South pour les Hawks d'Atlanta. Le système de blackout interdit la diffusion des matchs "à domicile" d'une équipe sur les plateformes nationales dans la zone géographique de cette équipe, forçant les fans locaux à s'abonner au RSN pour voir leur équipe jouer. Concrètement, un fan des Lakers à Los Angeles ne peut pas regarder un match Lakers sur ESPN+ ou NBA League Pass si ce match est diffusé sur le RSN local — il doit s'abonner à Spectrum SportsNet LA.

Cette plateforme nationale agrégera les droits locaux sous contrôle direct de la ligue, éliminant ces restrictions géographiques.

Le modèle actuel illustre déjà cette transition. Les Phoenix Suns proposent "Suns Live" (~70 matchs locaux en direct-to-consumer (DTC) pour 14,99$/mois), l'Utah Jazz a lancé "Jazz+" (15,50$/mois) couplé à une diffusion over-the-air (OTA) gratuite, tandis que les Dallas Mavericks testent "MavsTV" (14,99$/mois ou 124,99$/saison).

Les New Orleans Pelicans illustrent une troisième voie : basculement vers diffusion OTA (Over-The-Air, télévision gratuite hertzienne) plus plateforme Pelicans-brandée pour le streaming in-market. Cette diversité de modèles teste différentes approches avant la centralisation programmée de 2027-28.


NFL : l'empire de la fragmentation maîtrisée

Si la NBA prépare sa centralisation, la NFL a déjà perfectionné la fragmentation contrôlée. Le cycle actuel 2023-2033 génère environ 110 milliards de dollars sur 11 ans contre 39,6 milliards pour la période précédente (2014-2022), soit une hausse de +178%. La valeur annuelle passe de 4,95 milliards à 10 milliards de dollars. Sa stratégie consiste à superposer les fenêtres broadcast/câble traditionnelles et pure OTT pour maximiser à la fois reach et revenus.

Thursday Night Football reste exclusivement sur Amazon Prime Video, y compris le "Black Friday Game" qui génère des audiences record. YouTube TV détient Sunday Ticket (hors marché) pour environ 2 milliards de dollars annuels sur 7 ans, démontrant que les géants tech peuvent absorber les coûts premium.

L'innovation la plus spectaculaire concerne les créneaux expérimentaux. Netflix diffuse les matchs de Noël NFL depuis 2024, avec un premier Noël record (~24 millions de viewers par match aux US). Peacock a prouvé qu'un playoff exclusif OTT peut générer 23 millions AMA (Average Minute Audience, audience moyenne par minute), record historique pour un événement live streaming aux États-Unis.

L'accord NFL-ESPN avec participation croisée verrouille la prochaine phase : plus de RedZone, plus de produit NFL, plus de DTC premium. Pour les fans, cela signifie des pics d'audience OTT spectaculaires mais un coût cumulé en hausse et un parcours de découverte plus complexe.


WWE : le modèle barbell Netflix-ESPN

La WWE illustre parfaitement l'optimisation géographique des droits premium et l'explosion économique du streaming. Le contrat Netflix pour RAW (10 ans, 5+ milliards de dollars) représente une multiplication par 4,2 versus l'accord USA Network précédent (265 millions annuels vs 60-65 millions). Ajouté aux 325 millions annuels ESPN pour les Premium Live Events US (contre 180 millions Peacock), la WWE double ses revenus droits TV/streaming de 240-250 millions à 590+ millions annuels.

RAW bascule sur Netflix dès janvier 2025 dans le cadre d'un deal 10 ans supérieur à 5 milliards de dollars, prouvant qu'un entertainment sportif peut vivre à l'échelle mondiale en Subscription Video On Demand (SVOD, streaming par abonnement).

Mais la stratégie se sophistique avec la géographie. À partir de 2026, les Premium Live Events aux USA partent chez ESPN pour 325 millions annuels, tandis que Netflix conserve un vaste périmètre international incluant hebdomadaires plus Premium Live Events (PLE, événements premium).

Ce modèle "barbell" — appelé ainsi car il ressemble à un haltère avec deux poids massifs aux extrémités — optimise deux approches diamétralement opposées : portée mondiale maximale (Netflix) d'un côté, et monétisation domestique premium (ESPN) de l'autre, tout en évitant la cannibalisation.

Concrètement :

  • Netflix (poids global) : diffusion mondiale de RAW + PLE internationaux → reach maximal, acquisition d'abonnés, contenu régulier

  • ESPN (poids premium US) : événements premium domestiques → ARPU élevé, publicité live, monétisation intensive

  • La "barre" centrale : pas de conflit géographique, chaque plateforme optimise son territoire

La WWE devient ainsi le laboratoire d'une nouvelle géographie des droits : global SVOD pour la régularité, premium local pour les événements.


France : LFP Media face à ses démons

Face à cette effervescence américaine, la France choisit une voie différente avec Ligue 1+. Après l'échec DAZN et la crise des droits TV, LFP Media lance sa propre chaîne le 15 août avec une approche de regroupement défensif.

Le modèle économique est transparent : 19,99€/mois sans engagement, 14,99€ avec engagement, 9,99€ pour les moins de 26 ans. Huit des neuf matchs par journée en direct la première saison, puis 9/9 à partir de 2026-27 quand le contrat beIN Sports expire.

Parallèlement, le football français expérimente d'autres approches de diffusion gratuite. RMC Sport et BFM diffusent des matchs de National gratuitement sur Twitch, YouTube et les chaînes locales BFM depuis août 2025 — un match par journée sur les plateformes RMC, quatre matchs sur les antennes BFM locales. Cette expérimentation sur la 3e division teste l'appétit français pour le football gratuit multi-plateformes.

La distribution vise l'hyperaccessibilité : partenariats confirmés avec Orange, SFR, Free, Bouygues, accord avec DAZN pour distribution, application propriétaire disponible. Production assurée par Mediawan, régie publicitaire confiée à Amaury Media.

L'objectif affiché révèle l'ampleur du défi : 1 million d'abonnés fin de première saison, 2,15 millions en 2029 pour générer 470 millions d'euros annuels. Nicolas de Tavernost, directeur de LFP Media, anticipe "deux années difficiles" de transition.

Cette stratégie de regroupement centralisé répond à une logique inverse du marché américain : plutôt que de fragmenter pour maximiser la valeur, la LFP mise sur la réunification pour reprendre le contrôle. L'expérimentation RMC sur le National révèle une France qui teste différents modèles, mais peut-elle rivaliser avec l'attractivité de formats entièrement gratuits comme celui testé par Zack Nani ?


Saudi Pro League : la flexibilité géographique maximale

La Saudi Pro League illustre une troisième voie : la flexibilité géographique maximale selon les marchés. IMG a sécurisé des accords internationaux avec DAZN (UK/DE/CA/BE/AT), LA7 (Italie), Marca.com (Espagne), Cosmote (Grèce) dans 130 territoires.

En MENA (Middle East & North Africa), SRMG/Thmanyah détient l'exclusivité jusqu'en 2031 avec un mix Free-To-Air (FTA, télévision gratuite) et payant adapté aux spécificités locales. En France, après le retrait de Canal+, c'est Zack Nani qui récupère des matchs en clair digital.

Cette approche révèle une stratégie sophistiquée : quand l'audience locale ne justifie pas un chèque premium TV, la ligue déverrouille via Over-The-Top (OTT, streaming sans opérateur) multiterritoires, FTAs (Free-To-Air, télévisions gratuites) de niche, ou créateurs influents pour réactiver la demande. La flexibilité géographique devient un levier de maximisation globale.


Les autres sports rejoignent la danse

Cette transformation ne se limite pas aux ligues analysées. Apple a révolutionné MLS avec un guichet unique mondial sans blackouts pour 10 ans. L'UFC sur ESPN+ prouve qu'on peut convertir le pay-per-view le plus premium en pure streaming depuis 2019.

MLB expérimente Friday Night Baseball sur Apple TV+ avec des rumeurs d'extension type Sunday Night post-ESPN. Disney+ fait son entrée dans le football en direct avec l'acquisition des matchs du samedi soir de Liga en exclusivité UK/Irlande jusqu'en 2027/28, marquant la première incursion du géant du streaming dans le football live européen. La saison régulière devient progressivement un puzzle OTT où chaque créneau trouve sa plateforme optimale.

Les Jeux Olympiques anticipent cette révolution avec des innovations majeures. Comcast/NBC transforme sa relation avec le CIO d'un simple accord de droits TV vers un "partenariat technologique stratégique" de 3 milliards jusqu'en 2036, incluant support technique, infrastructure et investissement start-ups. En Europe, l'alliance EBU/Warner Bros Discovery teste la coexistence gratuit/premium sur 49 territoires. En Australie, Nine Network intègre tous ses médias pour Brisbane 2032. France Télévisions prépare une chaîne sport permanente post-Milan-Cortina 2026.

Ces exemples convergent vers une tendance lourde : les streamers ont dépensé environ 10 milliards de dollars en 2024 et plus de 12,5 milliards prévus en 2025 pour les droits sportifs. La part OTT flirte désormais avec 20% du marché mondial des droits, et le sport devient le moteur d'acquisition numéro 1 des plateformes.


L'impact économique pour les fans

Cette restructuration transforme radicalement l'équation économique pour les consommateurs, avec des effets paradoxaux selon les profils d'usage.

Côté hausse tarifaire, un fan sport complet américain navigue désormais entre ESPN (29,99$/mois), potentiellement Apple pour la F1, Amazon Prime Video pour Thursday Night Football (TNF, match du jeudi soir), Netflix pour WWE international, YouTube TV pour Sunday Ticket (package NFL hors marché local), plus les networks (chaînes) traditionnels. En France, l'amateur de football cumule Ligue 1+ (19,99€), beIN Sports (15,99€) pour le 9e match, plus Canal+ pour les Coupes d'Europe.

Mais les alternatives gratuites émergent simultanément. France TV garantit 200+ heures olympiques gratuites jusqu'en 2032, Zack Nani démocratise la Saudi Pro League, l'Utah Jazz offre 100% d'accès local gratuit avec son passage OTA. CazéTV va diffuser les 104 matches de la Coupe du Monde 2026 gratuitement au Brésil.

L'authentification tempère certains coûts. ESPN précise que les abonnés pay-TV (télévision payante) traditionnels accèdent au contenu ESPN DTC sans surcoût via authentification. Seuls les cord-cutters purs paient le tarif plein, segment minoritaire mais vocal dans les débats tarifaires.


Trois modèles émergent

L'analyse des stratégies révèle trois archétypes gagnants qui redéfinissent l'accès aux contenus sportifs :

Les super-agrégateurs premium (ESPN, Amazon, YouTube) transforment le live en centre de profit via intégration verticale. ESPN avec NFL+WWE+NBA, Amazon avec TNF+futurs deals, YouTube avec Sunday Ticket (package NFL hors marché local) + domination Connected TV (CTV, télévisions connectées). Ils misent sur l'ARPU élevé et la publicité live premium.

Les plateformes ligues (NBA 2027-28, LFP Ligue 1+) récupèrent données et pricing en internalisant la distribution. Elles échangent les garanties financières diffuseurs contre le contrôle de l'expérience client et la captation directe de valeur.

Les nouveaux entrants creator-led (Zack Nani, CazéTV) vendent l'attention autant que le match via formats interactifs et engagement communautaire. Ils prouvent que certains contenus peuvent vivre hors du modèle d'abonnement traditionnel.

Apple représente une quatrième voie avec la F1 : investissement premium tech pour sécuriser des contenus stratégiques long terme, indépendamment de la rentabilité immédiate.


La bascule économique quantifiée

Les chiffres confirment l'ampleur de cette transformation. Caretta Research quantifie la migration : la télévision traditionnelle et payante perdront 42 milliards de dollars entre 2024-2029, tandis que le streaming gagnera 93 milliards sur la même période.

GroupM projette que les revenus streaming TV dépasseront la télévision linéaire en 2029, avec une croissance de 19,3% contre un déclin de 3,4% pour le linéaire. eMarketer anticipe 77,2 millions de cord-cutters (consommateurs ayant abandonné la télévision câblée) américains fin 2025, accélérant cette transformation.

Nielsen confirme le basculement historique : le streaming dépasse broadcast (télévision hertzienne) plus cable (télévision câblée) pour la première fois en mai 2025, avec 44,8% contre 44,2%. Ce seuil symbolique acte définitivement la nouvelle hiérarchie des usages, avec des implications majeures pour la valorisation des droits sportifs.


Vers quel avenir ?

Cette révolution des droits sportifs dessine plusieurs scénarios selon les secteurs. ESPN verrouille l'écosystème premium américain pour 2,5 milliards d'investissement, espérant justifier son modèle 29,99$ par une offre irremplaçable. La NBA transforme le local en produit ligue centralisé tout en fragmentant le national pour maximiser reach et revenus.

LFP Media teste le regroupement défensif à 19,99€, espérant que l'accès simplifié compensera la concurrence des alternatives gratuites. CazéTV prouve qu'un modèle 100% gratuit peut financer des droits premium via économie de l'attention massive.

Apple surenchérit sur tous les contenus stratégiques (F1, possiblement MLB) pour construire son écosystème sports, indépendamment des contraintes de rentabilité immédiate que subissent les acteurs traditionnels.

Trois dynamiques convergent : consolidation des géants (ESPN/Apple), regroupement défensif des ligues (LFP/NBA local), et démocratisation créateur (Zack Nani/CazéTV). Les fans naviguent entre fragmentation tarifaire et nouvelles accessibilités, tandis que 42 milliards migrent vers le streaming d'ici 2029.

L'avenir appartient aux plateformes articulant contenu premium, engagement communautaire et accessibilité économique. Dans cette bataille, la technologie n'est qu'un levier : la vraie différenciation réside dans la capacité à créer de la valeur pour des audiences aux attentes divergentes entre nostalgie du gratuit et exigence de qualité.

Le streaming a gagné la guerre de l'attention. Il doit maintenant conquérir celle de la monétisation durable sans exclure ses publics. La prochaine décennie dira si ces modèles peuvent coexister ou si l'un finira par absorber les autres.


Droits sportifs majeurs à surveiller (post-2026)

Basketball

  • NBA droits locaux : Plateforme nationale 2027-28, fin du système blackout

Tennis

  • Grand Slams : Négociations individuelles post-2031 (Wimbledon, US Open, Roland-Garros, Australian Open)

  • ATP/WTA Tours : Milieu de cycle Sky Sports, renégociation possible 2028-2029

Formule 1

  • Droits US : Apple en négociation avancée pour 150M$/an à partir de 2026

  • Droits européens : Renégociation Sky UK et autres territoires post-2027

Cricket

  • IPL international : Post-2027, bataille streamers vs broadcasters traditionnels

  • ICC Global : Expansion internationale après succès Sky UK jusqu'en 2031

Football

  • Premier League international : Négociation droits hors-UK post-2029

  • Championnat français : Évolution modèle LFP Media après 2029

  • Liga espagnole : Renouvellement droits internationaux post-2027

Football américain

  • NFL : Renégociation créneaux expérimentaux et packages streaming post-2029

  • College Football : Transformation conférences et nouveaux deals TV 2027-2028

Baseball

  • MLB : Négociations majeures post-ESPN, Apple candidat sérieux pour packages premium

Boxe

  • Consolidation post-DAZN : Nouveaux modèles promoteurs-plateformes 2027+

  • Marchés émergents : Négociations Afrique, Asie, Amérique latine

Sports émergents

  • Padel professionnel : Premiers contrats TV majeurs 2027-2028

  • Esports mainstream : Intégration broadcasters traditionnels 2027+

  • Women's sports : Explosion valorisation tous sports féminins post-2027


Glossaire

AMA : Average Minute Audience - Audience moyenne par minute, métrique clé pour mesurer les performances des événements live

ARPU : Average Revenue Per User - Revenus moyens par utilisateur, indicateur clé de rentabilité des plateformes streaming

Broadcast : Télévision hertzienne gratuite (TF1, France 2, M6...)

Cable : Télévision câblée payante, modèle dominant aux États-Unis avant le streaming

Cord-cutters : Consommateurs ayant abandonné leur abonnement télévision traditionnelle (câble/satellite) au profit du streaming

CTV : Connected TV - Télévisions connectées à internet permettant l'accès aux services streaming

DTC : Direct-To-Consumer - Service vendu directement au consommateur sans intermédiaire (opérateur, distributeur)

FTA : Free-To-Air - Télévision gratuite accessible sans abonnement (hertzienne, satellite, câble de base)

MENA : Middle East & North Africa - Région Moyen-Orient et Afrique du Nord

Networks : Grandes chaînes de télévision américaines (NBC, CBS, ABC, Fox)

OTA : Over-The-Air - Diffusion hertzienne gratuite captée par antenne

OTT : Over-The-Top - Services de streaming contournant les opérateurs traditionnels (Netflix, Amazon Prime...)

Pay-TV : Télévision payante (câble, satellite, IPTV) par opposition à la télévision gratuite

PLE : Premium Live Events - Événements sportifs ou divertissement premium diffusés en direct

RSN : Regional Sports Networks - Chaînes sportives régionales détenant les droits des équipes locales

Sunday Ticket : Package NFL permettant de regarder tous les matchs hors marché local le dimanche

SVOD : Subscription Video On Demand - Streaming vidéo par abonnement (Netflix, Disney+...)

TNF : Thursday Night Football - Matchs NFL du jeudi soir, exclusifs à Amazon Prime Video


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