STREAMING RADAR / STORIES · ÉDITION N°9 · SEPTEMBRE 2026.
AMSTERDAM · NEUILLY-SUR-SEINE.
En préambule, merci à ceux qui ont répondu : Thierry, Romain, Cédric, Pierre, Grégoire et Lionel. Je n’étais pas à Amsterdam. J’ai aussi utilisé des bilans d’IBC publiés en public pour compléter les points de vue.
L’IBC, l’International Broadcasting Convention, c’est le salon où l’industrie de la télévision et du streaming achète ses machines. Amsterdam, chaque année, en septembre.
Un patron de studio logiciel compte une douzaine de confrères avec pignon sur rue qui cherchent du travail dans les allées du salon. Le responsable d’un service de sous-titrage écrit qu’il n’y a plus de prix dans son métier, seulement des crédits et des paliers. Et le patron de ce studio chiffre son générateur de code à sept fois moins cher qu’un ingénieur.
Neuvième Streaming Radar Stories.
1. Une régie chez le voisin
En 2007, M6 n’est pas qu’une chaîne de télévision. Le groupe édite W9, Téva et Paris Première, distribue des films, vend à distance chez Mistergooddeal, détient les Girondins de Bordeaux, et il a déjà une filiale internet : M6 Web.
La chaîne, elle, a une régie de diffusion. Le mot désigne ici la salle et les machines d’où le signal part vers les émetteurs, et non la vente des écrans de publicité. La TNT, la télévision numérique terrestre, est née en 2005, et ce n’est pas le mode de diffusion qui change la donne : c’est le nombre de chaînes à diffuser, qui augmente à la fin de la décennie. Et la nouvelle régie ne servira pas que M6 : elle fait aussi office de régie de secours, pour le groupe et, dans certains cas, pour d’autres chaînes. Ça veut dire tout reprendre, les serveurs, les encodeurs, l’habillage, la conduite. Le groupe ne se contente pas de mettre sa régie à jour. Il en construit une autre.
Février 2007. Le groupe achète un immeuble de 4 000 mètres carrés à Neuilly-sur-Seine, « destiné à accueillir différentes entités du Groupe », selon son rapport annuel de l’année.
J'entre à M6 Web en septembre 2007. La nouvelle régie numérique, on la construit à la fin de la décennie, au 46 rue Jacques Dulud. Dans les bureaux où s’est installé M6 Web.
Elle ne dépend pas de M6 Web. Elle dépend de la chaîne, avec ses équipes, sa chaîne de commandement et ses astreintes. Sur l’organigramme, rien ne bouge.
Sauf que la proximité géographique précède la proximité fonctionnelle, et qu’on ne partage pas un couloir, un local technique et une machine à café pendant des années sans finir par partager le reste : quelques années plus tard, la régie web et la régie télé fusionnent, et aujourd’hui une bonne partie de ce qui était séparé entre ces deux immeubles est fusionné, ou en passe de l’être.
Est-ce qu’on savait ce que serait ce premier basculement ? Personne n’a décidé que la diffusion de la télévision irait un jour habiter chez le web. On a décidé où mettre des baies.
Une régie, ça s’achète dans un salon, par morceaux : des serveurs, des encodeurs, des licences, des contrats de maintenance sur cinq ans. Alors on y allait. Et la règle de ces années tenait en une phrase que j’ai prononcée souvent : on y allait chercher une solution, il n’y en avait pas, on la faisait en interne.
J’avais écrit cette histoire-là il y a un an et demi, du côté des gens qui l’ont vécue.
Hertzien, puis hertzien numérique, puis web : à chaque étape on a remplacé l’appareil qui fabrique, et à chaque étape la décision ressemblait à un choix d’emplacement ou de matériel. Aujourd’hui, ce qui change, c’est qui écrit le code.
Dix-neuf ans après cet achat, ceux qui étaient à Amsterdam m’ont écrit. Ils ne se connaissent pas tous, ils ne savaient pas qui d’autre répondait, et chacun parle souvent pour sa paroisse. Et pourtant.
2. Débrouillez-vous
Fin novembre 2025, c’est la date que Romain Bouqueau retient. Claude Code, l’outil qui écrit du logiciel à partir d’une consigne en français, existe depuis le début de l’année ; ce qui sort en novembre, c’est Opus 4.5, la nouvelle version du LLM. Claude Code peut se prendre à l’abonnement, comme un forfait téléphonique. Son arrivée dans une entreprise se mesure moins à ce qu’il produit qu’à ce que le client d’en face en déduit (si ça s’écrit tout seul, ça doit coûter moins cher). Le raisonnement est discutable. Il est irrésistible.
Romain Bouqueau dirige Motion Spell, qui vend le travail de ses ingénieurs autour de GPAC : une boîte à outils libre et gratuite qui découpe, emballe et lit de la vidéo, et que beaucoup de produits du marché embarquent sans que leurs utilisateurs le sachent. Netflix l’a intégré à ses opérations mondiales après dix-huit mois de transition menés avec Motion Spell, achevés en novembre 2022. Son métier consiste donc à faire payer le développement d’un commun que l’industrie prend gratuitement.
Début 2026, ses clients lui annoncent que les renouvellements ne se feront pas comme prévu.
Au plus fort de l’histoire, il a pris une décision qui ressemble à un coup de poker.
« J’ai décidé de dire à mes clients : ok, débrouillez-vous, en pensant qu’ils reviendraient. Puis j’ai compris qu’il fallait surtout les accompagner, tout en acceptant le changement. »
Neuf sur dix sont revenus. Quelques nouveaux appels à projets sont arrivés avec eux. Le clash, comme il l’appelle, portait sur ce que les modèles savent faire, et il s’est résorbé en neuf mois.
Il donne ses ordres de grandeur.
« Claude Code est environ 7x moins cher qu’un ingénieur R&D, 20x moins qu’un technicien analyste-développeur, et probablement 200x sur du prototypage. Le tout avec une disponibilité immédiate. »
« Mais il ne peut pas encore remplacer un ingénieur expérimenté. C’est vraiment le décisionnel, par un manque de perception, qui fait défaut à Claude et ses confrères. »
Le décisionnel.
3. La démo et la prod (ce n’est pas le même chiffre)
Un message LinkedIn de Lionel Bringuier arrive le dernier jour de l’IBC, le premier du dossier. Il a toujours été un bon soldat.
Lionel Bringuier dirige les activités média, divertissement et jeu de Momento, depuis Portland (Oregon), et Momento vend la plomberie de données du direct : le serveur d’origine d’où part le flux, le comptage en temps réel des connexions simultanées, qui sert aussi à repérer les mots de passe partagés, et les outils qui surveillent tout ça pendant que le match se joue.
Il commence par ce qu’il juge surjoué, et il le chiffre.
« Ce qui est surjoué, c’est “IA partout”. Sur le salon, 90 % de l’IA que j’ai croisée, c’est du sous-titrage, du reframing, de la métadonnée générée, et des présentateurs ou actrices synthétiques. Très peu de choses qui survivent au contact d’un vrai live sur un match de Coupe du monde, où les enjeux monétaires forts sont laissés aux humains. »
Le reframing, c’est le recadrage automatique d’une image vers un autre format. Dans ce qu’il a vu, l’IA sert surtout à habiller, découper, étiqueter ou fabriquer un présentateur. Il distingue ces usages des décisions qui engagent la diffusion d’un match.
La latence, c’est le délai entre l’objectif de la caméra et l’écran du spectateur. Sa division par trois faisait partie de ma question. Lionel ne conteste pas le chiffre. Il conteste l’endroit où on l’a mesuré.
« La latence divisée par trois, pareil pour moi : le chiffre glass-to-glass est vrai en démo. Mais en prod, l’insertion de pub, la DRM, le dernier kilomètre, et le problème de synchro de la notif de but qui arrive avant le but enterrent ce gain. On démontre le sub-second, mais personne ne le paie encore à l’échelle du live premium. »
La DRM, c’est le système qui contrôle l’accès à un programme protégé, et le dernier kilomètre, la connexion jusqu’au spectateur. Le sub-second, c’est moins d’une seconde entre la caméra et l’écran. Sur un stand, le flux et le réseau sont maîtrisés ; en production, il faut faire avec les couches qu’il énumère.
Sa formule pour la Coupe du monde de cet été : 104 matchs, 5 milliards de spectateurs, 0 marge d’erreur.
Sa prévision pour l’an prochain porte sur un argument de vente.
« La phrase qui va vieillir le plus mal : “propulsé par l’IA” comme argument de vente. En 2027, l’IA sera supposée par défaut, comme le cloud l’est devenu. Aujourd’hui, on ne vend plus “du cloud”, on vend ce qu’on fait avec. »
Et le sujet qu’il voit tenir le salon de 2027 n’est pas technique. Il en voit deux, liés l’un à l’autre.
« Le premier c’est “qui sont les clients encore vivants” ? Aujourd’hui, la consolidation des plateformes sur des mega-conglomérats et les accords de distribution des diffuseurs historiques vers ces plateformes fait que le nombre d’opportunités pour se différencier, s’écroule. Et donc le deuxième sujet c’est “comment maitriser ma consommation de token” ? »
La Dead Internet theory, mais dans ta pipeline commerciale ? À qui vendre, et avec quelle marge. Sur la marge, il ferme sa réponse par une mécanique.
« Mais le développement IA est une voie à sens unique : tu crées de la dette technique, et tu as besoin de toujours plus de tokens pour maintenir une base de code générée par IA, puisqu’il est impossible [de] demander aux derniers devs seniors humains que tu n’as pas encore virés, de reprendre 100 000 lignes de code à débugguer. »
Les tokens, ou jetons, sont les unités de texte traitées par le modèle et utilisées pour calculer sa consommation. La dette technique, c’est le travail de correction qu’on reporte. Lionel redoute qu’on ait besoin de la machine pour entretenir ce qu’elle a écrit.
Romain, de Motion Spell, décrit le même écart depuis la salle de conférences.
« J’ai beau être ultratech, certains talks et papiers AI n’avaient ni queue ni tête. J’ai vu des talks d’analystes qui avancent des hypothèses complexes, pour ne pas dire farfelues. »
Il n'hésite pas à parler de bullshitomètre.
4. Combien ça coûte ?
Scott Henderson dirige Teletextual, un service d’accessibilité : sous-titrage, sous-titrage sourds et malentendants, audiodescription. Il achète de la technologie pour livrer une prestation à prix ferme. Je ne le connais pas, et son IBC Wrap Up, publié en plusieurs volets, m’a intéressé tout de suite : le quatrième commence par un exercice.
« Ask them how much it costs. Not the demo. Not what it can do. Not how quickly it can do it. »
Demandez combien ça coûte, écrit-il, avant de demander ce que la démo sait faire. Cette frustration existait bien avant l’intelligence artificielle. C’est la frustration de celui qui enchaîne les rendez-vous sur un salon, repart avec autant de promesses énormes, et signera avec une ou deux personnes un an plus tard. La surpromesse est le régime normal d’un stand, et ça n’a pas attendu 2026.
« Because apparently we don’t really have prices anymore. We have credits. Buckets. Usage. Consumption. Units. Tiers. »
Des crédits, des unités, des paliers : voilà ce qu’il se voit proposer à la place d’un prix. Il y a quinze ans, je discutais des prix catalogue. Aujourd’hui on achète des jetons, des crédits, des licences, du logiciel en abonnement, et la facture vit dans les petites lignes. N’importe qui a déjà ouvert une note de cloud en fin de mois connaît la sensation.
« £X per hour is a price. 50,000 credits is not a price until you know exactly what a credit buys you. »
Un tarif horaire est un prix. Pour 50 000 crédits, il faut encore savoir ce qu’un crédit achète.
« The vendor gets a flexible revenue model. The customer gets a complicated bill. The supplier in the middle gets the risk. »
Le fournisseur garde un revenu variable, le client reçoit une facture compliquée, le prestataire du milieu porte le risque. Henderson parle de sa position : s’il signe un prix ferme alors que son prix d’achat peut bouger, son coût de revient change sans qu’il ait modifié sa prestation.
L’IA ne répare pas ça. Elle s’installe dessus.
5. Un très bon développeur
Grégoire Vienne dirige l’Europe du Sud et les pays nordiques chez Bitmovin, qui vend de l’encodage, un lecteur vidéo et de la mesure : les outils qui disent, pendant la lecture, si l’image part vite et si elle tient.
Déclaration d’intérêt. Bitmovin et Afrostream, service de vidéo par abonnement (SV0D) que j'avais co-créé en 2014, étaient dans la même promotion de Y Combinator, l’accélérateur américain, celle de l’été 2015, et c’est là que j’ai croisé Stefan Lederer, son patron. Je n’ai pas pris leur lecteur : il était trop cher pour nous.
Ce n’était pas la seule fois. Les statistiques en temps réel d’Afrostream, on les a écrites nous-mêmes, en Go, un langage de Google, plutôt que de les acheter chez des acteurs très connus du marché qui les vendaient trop cher pour notre startup. On avait un très bon développeur, et il nous assurait une avance confortable.
Un très bon développeur, ce n’est pas quelqu’un qui code vite : c’est quelqu’un qui connaît son métier avant de savoir coder, et qui sait donc quoi décider. C’est exactement ce que Romain dit manquer à la machine. Et c’est aussi ce qu’elle risque de rendre invisible, puisqu’elle produit du code sans qu’on voie plus qui, derrière, savait quoi.
Grégoire regarde la même scène depuis son stand : on investit encore, à condition de pouvoir démontrer un résultat. Il en liste trois.
« Elles investissent encore lorsqu’une solution permet de démontrer l’un de ces trois résultats : réduire directement les coûts de diffusion, diminuer le temps d’ingénierie consacré au maintien de la plateforme, ou protéger et augmenter les revenus liés à l’audience et à la publicité. »
À mon avis, rien de neuf : payer la valeur perçue est le métier de l’acheteur depuis toujours.
Le Video Developer Report de Bitmovin, plus de 400 répondants dans le monde entier, met le contrôle des coûts en deuxième pression du secteur. Et ce que la maison vend répond à la troisième preuve, celle des revenus.
« Or, un problème vidéo est aussi potentiellement un problème de revenu. Un démarrage trop lent, un rebuffering ou un problème de lecture peut entraîner l’abandon de l’utilisateur avant même une coupure publicitaire. »
D’où ce qu’il décrit comme le vrai sujet de son salon, moins spectaculaire que les annonces : mesurer la vidéo et la publicité dans le même tableau, pour voir lequel des deux a fait partir le spectateur.
L’autre poste, c’est le temps passé à entretenir ce qu’on a développé soi-même.
« Nous voyons notamment des entreprises remettre en question le maintien d’équipes importantes consacrées à des players développés en interne ou à des stacks d’analytics assemblées au fil des années. »
En 2010, on fabriquait en interne ce qu’on ne trouvait pas à acheter. Grégoire décrit aujourd’hui des clients qui envisagent d’acheter pour ne plus avoir à entretenir leurs propres outils. La question revient, mais la réponse change avec ce qu’on peut trouver et ce qu’on peut se permettre.
Et Grégoire ferme sa réponse sur la phrase d’un vendeur qui a vu le métier changer sous lui.
« Il y a quelques années, on pouvait vendre principalement une amélioration de performance ou une nouvelle fonctionnalité. En 2026, il faut de plus en plus être capable de relier cette amélioration à un impact économique concret. »
6. Qui met les gens autour d’une table ?
Thierry Fautier a cofondé The Media League, un cabinet de conseil en technologies des médias qui réunit des experts du secteur. Il y vend, sous le nom d’AI², un service de veille sur l’intelligence artificielle dans les médias, gratuit pendant sa phase de test.
Il dit du marché de l’information ce que Romain disait des conférences.
« Much of the available market intelligence comes from unreliable or difficult-to-verify sources. »
Une grande partie de l’information disponible sur ce marché, dit-il, vient de sources peu fiables ou difficiles à vérifier.
Gloups, ai-je choisi le bon métier, lecteur ?
« An increasing number of AI services-such as subtitling, translation, clip extraction, and highlights generation-must be integrated into existing or modified media and entertainment workflows. »
Sous-titrage, traduction, extraction de clips : ces services doivent entrer dans des chaînes de production qui existent déjà. Il faut les faire travailler ensemble.
Ce qu’il apporte, et que personne d’autre n’apporte ici, c’est le précédent.
« In streaming, encryption and DRM-server interfaces were standardized through CPIX, led by DASH-IF. It took the industry several years and the collaboration of many stakeholders, but the result is now widely adopted and benefits everyone. »
Quand un film protégé circule sur internet, il est verrouillé par chiffrement. Pour pouvoir le lire, le service de streaming doit récupérer la bonne clé auprès de son système de protection.
Le problème, c’est que les outils qui préparent la vidéo et ceux qui gèrent ces clés ne viennent pas forcément du même fournisseur. Pendant longtemps, il fallait donc fabriquer un raccord spécifique entre chaque paire de systèmes.
CPIX a créé une langue commune entre eux : une manière standard de demander et d’échanger les informations nécessaires au chiffrement. Le standard a été élaboré par l’industrie sous la conduite de DASH-IF. Il a fallu plusieurs années et beaucoup de monde autour d’une table. Aujourd’hui, deux outils compatibles CPIX peuvent se comprendre sans qu’on ait à reconstruire ce raccord à chaque fois.
Il propose de recommencer pour l’orchestration des services d’IA, et il écrit qu’il est prêt à le mener si l’industrie suit. Dans un dossier où chacun est seul avec sa facture, ses idées, son projet, c’est le seul qui propose une table.
Aparté. Thierry Fautier a traversé les bascules de ce métier depuis vingt-cinq ans : les normes de compression MPEG, la télévision sur réseau opérateur, le streaming par-dessus l’internet ouvert, l’ultra haute définition, la compression assistée par IA, le passage de l’appareil au logiciel en abonnement. Chaque fois du côté des standards, c’est-à-dire du côté de la pièce où l’industrie se met d’accord avec elle-même. Ce sont des années de réunions dont personne ne parle et dont tout le monde se sert ensuite. Dans ce métier, c’est presque une légende.
Je me moque souvent de lui parce qu’il ne va pas sur Twitch ;)
7. Quelques milliers d’euros
Pierre Roulph dirige Ignifai, l’activité intelligence artificielle de Cognacq-Jay Image. Il vend l’outil qui transforme un catalogue de films et de séries en micro-dramas, des séries d’épisodes courts et verticaux pour téléphone, et je le lui ai écrit avant qu’il réponde : l’idée que l’archive serait le grand sujet de l’année, je l’avais lue trois fois en quelques jours, chaque fois sous la plume de quelqu’un qui vend l’outil pour l’exploiter. Il sait de quoi il parle parce qu’il le fabrique.
Ah. Et il a dit vertical, mon kink word du moment.
Sa réponse décrit une commoditisation des briques technologiques sur lesquelles se construisent de nouveaux usages.
« Par le prisme de l’IA, j’observe surtout une commoditisation accélérée des fonctionnalités innovantes d’hier. C’est vrai pour l’IA, mais aussi pour les plateformes OTT ou le FAST. Et avec la capacité à développer beaucoup plus vite grâce à l’IA, cette tendance va encore s’accélérer. »
L’OTT, c’est la vidéo distribuée par internet. Le FAST, ce sont des chaînes gratuites financées par la publicité, comme celles qu’on trouve dans une application de téléviseur. Commoditisation (le passage d’une fonction rare, qu’on paie cher parce que peu savent la faire, à une fonction banale qu’on achète au moins cher).
« Quand des dizaines d’acteurs proposent la même chose, la différenciation finit essentiellement par se faire sur le prix, avec un marché qui tend à se concentrer autour de quelques acteurs bénéficiant des plus fortes économies d’échelle. »
Romain décrit le même mouvement depuis l’autre bout de la chaîne. Pierre l’applique à son propre produit : l’indexation vidéo suit le même chemin, et le sujet n’est déjà plus de produire des métadonnées mais de savoir quelle valeur en tirer.
Recomposer une série verticale depuis un film demande de tenir un arc narratif dans la contrainte du format, 60 à 100 épisodes de une à deux minutes, et de placer les accroches là où elles retiennent. Il dit les deux verrous largement résolus, avec un humain dans la boucle pour les choix éditoriaux. La suite, c’est de fabriquer ce qui manque.
« Nous travaillons désormais sur l’intégration de l’IA générative pour fabriquer les séquences clés qui n’existent pas dans le contenu original. L’objectif est de pouvoir créer plusieurs séries micro-drama à partir d’une même série long format, puis de tester in vivo les variantes qui performent le mieux. »
Enfin le chiffre que je cherchais depuis des semaines.
« En termes de coût de production, on parle de quelques milliers d’euros par série micro-drama reconditionnée. »
Quelques milliers d’euros pour une série reconditionnée, c’est-à-dire découpée dans des images qui existent déjà.
Une verticale française tournée à l’original, elle, se paie autrement : L’Île entre nous était à 200 000 ou 250 000 euros. Et mardi, dans ces pages, un réalisateur américain racontait avoir sorti sa saison à 476 dollars l’épisode fini, post-production comprise, en ayant mis 10 000 dollars de sa poche.
Ces budgets ne couvrent pas les mêmes opérations. Le reconditionnement part d’images déjà tournées ; les deux autres productions doivent les fabriquer. Ces montants ne suffisent pas à comparer leurs coûts complets.
Sa prévision pour l’an prochain vise le cœur de son propre métier.
« Autre intuition : « on recadre pour faire une version verticale ». Beaucoup de contenus seront produits nativement pour plusieurs formats, voire pensés dès la production pour un double affichage horizontal et vertical. »
Quibi ne sera pas mort pour rien.
8. Une culture qui n’existe pas
Cédric Lejeune a cofondé HOLLI, et il vend l’accompagnement vers une production pilotée par des agents : la circulation automatique des infos entre les tableaux de suivi et les outils. Il a accompagné le passage du cinéma au numérique et il a développé quatre brevets sur des technologies pour l’image.
Il répond une semaine après la fermeture, et ce qu’il est allé montrer à Amsterdam s’appelle FRAMES: un projet de production qualité studio mêlant IA, archives et infographies. Il associe MovieLabs, le laboratoire technique des studios d’Hollywood, l’EBU, association des chaînes publiques européennes la RAI, télévision publique italienne, et l’INSA Hauts-de-France.
Il déplace d’abord la conversation hors du bâtiment.
« Les plus mûrs sont les Youtubers/Tiktokers qui commencent à avoir des workflows super costauds sur de la tech pas présente à IBC. Il y en a même qui inventent le matériel qu’ils ne trouvent pas et qui viennent le montrer, comme Micode
»
Les plus gros ont des équipes et du vrai matériel. Les pratiques que Cédric décrit ne passent pas forcément par Amsterdam. Je me demande quelle image l’IBC leur renvoie : des vendeurs de machines plutôt que de logiciels, un salon de télévision traditionnelle, le truc de grand-papa.
Si on avait dit aux Youtubers/Tiktokers d’aller à l’IBC, ils seraient peut-être venus à Amsterdam. À Amsterdam, oui. A la Twitchcon, oui, Ailleurs, wee. A l’IBC, c’est autre chose.
Sur l’archive, il pose une très bonne question.
« La monétisation de l’archive, c’est une bonne idée, mais se pose quand même largement la question du surfaçage maintenant qu’on a des bots qui vont chercher des morceaux intéressants dans le MAM. Est-ce qu’on va voir Blier en vertical drama ? »
Bertrand Blier en vertical drama, au passage, c’est le genre de reconditionnement dont Pierre parle, pour quelques milliers d’euros. Les deux hommes ne se citent pas : l’un fabrique le reconditionnement, l’autre demande qui le regardera.
Le MAM (media asset management), c’est le coffre où dorment les rushes et les programmes d’un diffuseur, et le surfaçage, c’est ce qui fait qu’un morceau en ressorte devant quelqu’un.
Chez M6, on reprenait le programme fini de l’antenne pour régénérer le web, le mobile et les box, une par une. La consommation s’est éclatée depuis, les formats verticaux et les applications sociales en plus, et le problème n’était pas réglé. Des agents peuvent retrouver un contenu ; encore faut-il qu’il soit rangé pour être adressable.
Pour éviter de recopier les médias entre ces outils, une piste s’appelle TAMS, pour Time-Addressable Media Store, une spécification ouverte née chez BBC R&D : on stocke le média une fois et chaque image porte une adresse temporelle, ce qui permet à l’antenne, à la post-production, aux réseaux sociaux et à la vidéo à la demande de travailler depuis le même magasin. Le 11 septembre, jour de l’ouverture, une session la présentait sous le titre « Stop Copying Media », et parmi ceux qui la portaient, un français que je citais déjà l’an dernier : Hexaglobe, devenu Hexalia dix jours plus tôt.
La prévision de Cédric pour l’an prochain annonce la disparition du mot.
« Ça prendra probablement un peu plus de temps, mais la notion même d’IA va se diluer dans les agents, pour retirer le côté magique : ce sera devenu normal qu’un ordinateur réfléchisse. Par contre qu’il travaille correctement restera un défi, on devrait voir arriver les notions de context engineering. »
Le context engineering désigne l’art de choisir ce qu’on donne à lire à une machine avant de lui confier une tâche. Rien de magique là non plus. De la préparation de dossier.
La question posée portait sur l’étage image : doublage, conformation, étalonnage, restauration. Qu’est-ce qui tient sur une vraie chaîne de production, et qu’est-ce qui est encore une démo de stand.
« Ça dépend de quel type de produit on parle : en formation ou en RS, on y est déjà à fond. Pour de la production série TV ou cinéma on n’y est pas encore, parce que le niveau de complexité pour faire un produit cohérent et intéressant de plus de quelques minutes est immense. C’est précisément le travail que l’on a fait avec EBU, RAI et Movielabs, pour voir ce que ça prend, et ça prend surtout une culture data qui n’existe pas du tout en production. »
Nommer, décrire, ranger et retrouver ce qu’on fabrique : cette préparation fait aussi partie du travail qu’il décrit. Un travail d’archiviste, aussi.
9. Une douzaine
18 septembre. Dans la première liste de notes que Romain envoie entre deux avions, une ligne est posée sans commentaire, au milieu d’un bilan de salon plutôt favorable.
« Pour les visiteurs qui vendent des choses comme moi, le show était très bon. J’aurais perdu mon temps en exposant, mais j’ai rencontré plein de gens dans ma situation. Malheureusement beaucoup de gens sans travail. »
J’ai demandé un ordre de grandeur et des métiers.
« Je parle de gens qui ont pignon sur rue et de jolis CV. Une douzaine. Ils discutent dans les allées ou au Grand Café, ils en discutent sur linkedin depuis des mois en expliquant qu’ils sont open to work, et oui : ce sont les mêmes qui postent des « great show, great conversations » sur les réseaux en quittant l’IBC avant sa fin. »
Une douzaine, sur 4 jours, dans le cercle des pairs d’un patron de studio logiciel. Des développeurs, des agences de développement, de la gestion de projet. Des gens avec qui il travaille quand un chantier est trop gros pour lui seul.
Il est venu avec deux de ses freelances, développeurs tous les deux. Ils ont eu des touches solides.
Sa théorie remonte à vingt ans en arrière.
« Il y a 20 ans, le génie logiciel n’était qu’une des branches de l’informatique, et analyste-codeur s’apprenait en bac+2. Pour des raisons diverses et par pénurie, les développeurs sont devenus des rockstars. La société s’est mise à produire massivement des développeurs avec des formations franchement pas toujours qualitatives. Aujourd’hui la plupart de ces développeurs ne pourront pas s’adapter à l’IA. On est en train d’assister à un retournement brutal du marché avec une surabondance d’offre bas de gamme. »
C’est sa lecture du marché ; le décompte de ces douze personnes ne permet pas, à lui seul, de la trancher. Il ajoute que la crise a commencé il y a plusieurs années. Les outils sortis fin 2025 n’ont rien ouvert, ils sont arrivés dans un trou déjà creusé.
Et il boucle sur ce qui rendait les talks d’analystes invérifiables.
« Plus personne ne semble avoir suffisamment de volume pour tirer des conclusions évidentes sur ce qui se passe. »
10. Quatre-vingt-quinze pour cent
18 septembre. Sous le bilan de Marc Bourhis, Stanislas Mako laisse un commentaire. Il est directeur technique de Miraculous Corp, qui porte Ladybug, à mon avis l’animation française la plus en vue d’Europe.
« C’est la magie de l’IBC, on peut aller au même endroit voir les mêmes gens, mais peu de chance de se croiser, c’est tellement grand ! »
Quatre jours, et des dizaines de milliers de façons de vivre le même salon. Plusieurs de ceux qui m’ont répondu l’ont passé sur un stand, et ils le disent eux-mêmes, chacun dans la première phrase de son mail, avant même de répondre à la question.
« Avec un planning particulièrement chargé, j’ai finalement passé assez peu de temps dans les allées et probablement 95 % de mon IBC sur le stand Bitmovin. »
« J’ai passé l’essentiel du temps sur un stand, donc mon point de vue n’est pas forcément celui d’un visiteur classique. »
« Je ne suis pas certain d’avoir une vision panoramique, je suis assez focalisé sur mes sujets et les prospects. »
Grégoire, Cédric, Pierre. Trois métiers différents, trois entreprises qui n’ont rien à voir, la même position : un rectangle de moquette de quelques mètres carrés, et le salon tout autour, qu’ils ont peu parcouru.
Romain, lui, a marché. Son rapport de terrain tient en deux observations qui vont dans des directions opposées.
« Sur cette édition 2026, la première des choses qui m’a sauté aux yeux, ce sont les allées des halls principaux : elles n’étaient pas pleines. Par contre le hall 14 avec l’innovation était plein à craquer. »
Marc Bourhis (qui anime une communauté des industries culturelles et créatives) mesure de son côté l’espace réservé aux innovations, Future Tech, agrandi de 30 %.
Romain, lui, a interrogé des exposants sur leur bilan.
« Quand j’ai demandé aux exposants comment était le show, les retours étaient négatifs, parfois assez franchement. Ne pas se fier aux retours linkedin. Les exposants sont souvent désabusés, laissant penser que leur engagement à l’IBC pourrait diminuer. »
Des exposants qui paient cher pour tenir un stand dont ils reviennent déçus : Romain en tire un jugement, et il n’est pas propre à cette édition.
« Il est probable que seuls le RAI et l’IBC font de l’argent à ce show. »
Il pose aussi un diagnostic sur le salon lui-même, et il refuse l’explication facile.
« L’IBC est un événement calibré à une époque où les broadcasters dominaient. L’opinion selon laquelle l’IBC aurait essayé et échoué à avoir des Creators, selon les mots de sa présidente, est un peu facile selon moi. Aucune plateforme n’était présente officiellement, alors que certaines organisations qui ne sont pas des vendeurs sont présentes. »
Aucune plateforme n’était présente officiellement, et c’est sur cette absence qu’il refuse de conclure. Il note au passage que le vocabulaire des diffuseurs s’est déplacé, de l’attention vers la confiance et la souveraineté. Trois mots qui ne désignent pas le même problème.
Le hall 14, celui de l’innovation, je l’ai vu naître petit en 2010 et grossir chaque année jusqu’en 2019. D’après Romain, cette année, c’est lui qui est plein.
11. Quelques fois par an
Un jugement que je pose, et il n’est que le mien.
Quand j’ai commencé les salons, au début des années 2000, tout le monde n’avait pas encore d’adresse électronique (j’ai eu les miennes depuis CompuServe, puis Club Internet, puis AOL). Pour montrer un produit à quelqu’un, il fallait être dans la même pièce que lui, et cette pièce ouvrait au rythme des salons : le NAB à Las Vegas, l’IBC à Amsterdam, le Satis à Paris.
Puis on a pu poser une démonstration sur YouTube, aujourd’hui sur TikTok, dérouler son code sur Twitter, mettre le tout sur son propre site. Un vendeur montre son produit toute l’année, depuis chez lui.
Et on est à un mail, un WhatsApp, un message Instagram de la personne à qui on veut parler. J’écris en ce moment sur l’Inde et sur le Brésil. J’ai envoyé des mails, on m’a répondu qu’en Inde ce n’était pas le bon canal, que c’était WhatsApp. J’ai envoyé des WhatsApp. Chaque métier a son territoire : la création est sur Instagram, cette industrie-ci sur le mail, le téléphone et LinkedIn, un réseau qui n’existait pas en 2000.
Reste ce qu’un salon fait et que les canaux ne font pas : mettre dans la même pièce des gens qui ne s’y trouveraient jamais. C’est ce que j’ai aimé en 2010, et c’est en buvant des coups qu’est né l’Online Video French Squad, devenu Paris Video Tech.
Un chocolat d’exception, un plat d’exception, il faut se déplacer pour les goûter. Encoder une vidéo dans un format et la distribuer à un endroit, ça se démontre à distance.
12. Et la sécurité ?
Noëlle Prat (conseillère en croissance) a résumé l’édition en une ligne, dans un carrousel de neuf pages publié au retour.
« IBC 2026 is over. And as often, it wasn’t the sexiest technology that won this edition. What won is what guarantees the bottom line gets delivered. »
Pour elle, ce qui a gagné, c’est ce qui garantit le résultat économique. Un critère qu’on retrouve aussi dans la réponse de Grégoire.
« I found the cyber topic too underexposed at IBC this year. Hybrid infrastructure means potential security gaps and data protection failures. »
Elle a trouvé la cybersécurité trop peu présente au salon. Une infrastructure hybride mêle des machines à soi et des services loués ; les raccords entre les deux peuvent créer des failles et exposer les données.
13. Le carnet d’adresses
Martin Boronski publie son bilan de l’IBC 2026. La plupart des gens de ce papier sont entrés dans mon carnet d’adresses parce qu’ils avaient quelque chose à me vendre, à l’époque où c’était mon métier de les recevoir, de comparer des serveurs, des lecteurs vidéo et des systèmes de gestion de droits, et de rentrer avec un devis qu’il faudrait défendre en interne. On ne déjeunait pas entre confrères. J’achetais, ils vendaient.
Martin est le seul de ce dossier à ne rien y vendre. Il était le directeur technique (mon boss) de l’époque où j’étais à M6 Web. Son bilan est de loin le plus enthousiaste que j’aie lu : une édition où l’industrie prend enfin des paris, et des architectures pilotées par le logiciel qui sortent de la niche. Puis il finit sur une phrase qui a tout à voir avec ce carnet d’adresses.
« But finally, what mattered most was meeting and catching up with friends and people who’ve been inspiring me for 20 years. »
Revoir des gens qui l’inspirent depuis vingt ans. Ce qu’il dit avoir le plus apprécié n’était pas en vente sur un stand.
Moi, pendant des années, j’y allais pour un Burger King.
14. Ce qui pourrait me donner tort
Je n’y étais pas.
Ceci est un récit de témoignages. Ces gens n’ont pas vécu le même salon : ce qu’ils y cherchaient a décidé d’une partie de ce qu’ils ont vu.
Le mieux que je puisse faire, c’est vous poser les deux questions que j’ai posées à tout le monde, mot pour mot. Quelques uns avaient en plus (ceux que j’avais contacté avant le salon) une troisième question qui n’était que pour eux.
Qu’est-ce qui s’est dit dans les allées que l’IBC Daily n’a pas dit ? Il raconte de la latence divisée par trois, de l’IA partout et de l’archive à monétiser : qu’est-ce qui est surjoué là-dedans, et de quoi personne n’a parlé alors qu’il fallait ?
Septembre 2027, même hall : quelle phrase entendue cette année sera devenue ridicule, et quel sujet à peine effleuré tiendra le salon ?
15. La valeur d’un expert
Revenons au 46 rue Jacques Dulud.
On y a construit une régie numérique pour diffuser davantage de chaînes, et on l’a installée chez le voisin. Les deux régies ont fusionné depuis.
En 2026, le salon propose des services d’IA à chaque étage de la chaîne, jusque pour des fonctions qu’on ne savait pas nommer en 2010.
La machine sait fabriquer. Quelqu’un doit encore décider de ce qu’on lui confie et en répondre. Et décider, ici, c’est s’engager sur une valeur avant de la connaître : signer un prix ferme, embaucher quelqu’un qui sait.
J’ai passé les années 2007 à 2013 dans le basculement d’avant. L’analogique qui s’éteint, les chaînes qui se multiplient, la vidéo par abonnement qui arrive. On savait ce qu’on remplaçait. On avait des prix à comparer.
Cette fois, je n’en suis pas aussi sûr.
Romain a vu revenir ses clients ; cela ne dit pas encore comment faire reconnaître, et payer, ce qu’ils sont revenus chercher.
Je pense que le creux est là. On voit le code produit, moins les choix qui l’ont rendu utile. Et l’IA permet aussi de parler avec assurance de sujets qu’on connaît mal : l’ultracrépidarianisme, ce travers qui consiste à juger au-delà de ce qu’on connaît.
Alors la question que je garde de ce salon n’est pas de savoir ce que la machine sait faire. C’est celle-ci. Comment on donne à un expert la valeur d’un expert ?
Pour continuer
Les Streamers Français de l’Ombre : 30 ans d’innovation invisible — la même histoire vue d’en bas, sur trente ans.
L’IBC 2025 : guide de survie pour ceux qui y vont, et pourquoi je n’y vais pas — l’édition précédente, déjà à distance.
Streaming Radar #54 — l’appel qui a produit ce numéro, et les 200 000 à 250 000 euros de « L’Île entre nous ».
La Dimension Interdite #4 : L’Île fantastique du vertical drama — le format court français, avant les chiffres de cette année.
Streaming Radar, c’est ça : appeler les gens de cette industrie et raconter ce qu’ils disent quand ils ne font plus leur post LinkedIn. Chaque semaine.
À propos de Streaming Radar Stories. Une fois de temps en temps, une histoire, sur Linkedin (parfois sur la newsletter Streaming Radar). Pas une analyse, pas un rapport : une histoire, avec des gens dedans, des dates et des chiffres qu’on peut vérifier.






