L'IBC 2025 : Guide de survie pour ceux qui y vont (et pourquoi je n'y vais pas)
J'ai vu, j'ai vécu, j'ai été vaincu.
L'IBC d'Amsterdam arrive à grands pas (12-15 septembre au RAI Amsterdam), et avec lui son cortège habituel de "révolutions" technologiques qui révolutionneront le monde comme l'année dernière. Quinze mille visiteurs vont converger vers les 14 halls dédiés pour découvrir que finalement, le futur ressemble beaucoup au présent, mais en plus cher.
Cette année, je regarde passer le train depuis mon canapé. Pas par snobisme - quoique - mais parce que mes problèmes de dos liés à mon poids ont décidé que marcher 15 kilomètres par jour sur du béton en portant un sac laptop n'était plus compatible avec ma survie. Ironiquement, j'analyse une industrie qui optimise l'expérience utilisateur H24 tout en étant incapable d'optimiser la mienne dans un salon professionnel.
Époque révolue : il fut un temps où j'y allais uniquement pour manger un Burger King, parce qu'il n'y en avait pas en France. Aujourd'hui, j'aurais du mal à m'y rendre pour un sandwich au hareng. Mon ostéopathe approuve cette évolution, mon banquier un peu moins.
Mais puisque vous y allez quand même (masochistes assumés), autant que vous en reveniez avec autre chose que des stylos publicitaires et une tendinite.
Kit de survie (testé et approuvé par Darwin)
Hydratation stratégique : Amenez votre bouteille d'eau. Pas celle à 4 euros du salon qui coûte plus cher que l'abonnement Netflix mensuel. L'air conditioné du RAI aspire l'humidité de votre cerveau plus efficacement qu'un algorithme YouTube aspire votre attention.
Gestion temporelle : 30 minutes entre chaque réunion. Minimum. Pas parce que vous êtes important, mais parce que naviguer dans les 14 halls prend plus de temps que de regarder un film Marvel. Et contrairement au film, il n'y a pas de fin satisfaisante.
Mention spéciale pour le déjeuner : impossible de manger à midi dans le salon (files d'attente de 45 minutes), impossible de sortir (tous les restos du quartier sont pleins). À l'époque, il y avait un resto ambiance plage au RAI - The Beach existe toujours (maintenant Strandzuid) mais bonne chance pour y avoir une table. Prévoyez des barres de céréales ou assumez le sandwich triangle à 15 euros.
IA assistant : Installez un note-taker IA sur votre smartphone. Otter.ai, Notta, peu importe. Votre cerveau à 16h aura la capacité de rétention d'un poisson rouge sous Adderall. L'IA, elle, se souviendra que le gars du hall 7 promettait "10x plus d'engagement" avec sa solution révolutionnaire de... euh... c'était quoi déjà ?
Networking stratégique : Préparez vos cartes de visite avec votre LinkedIn ET votre calendrier Calendly. Dans un secteur où tout le monde promet de vous "recontacter très bientôt", autant faciliter le processus. Bonus : ajoutez votre QR code LinkedIn pour éviter les fautes de frappe lors des connexions post-salon. Parce qu'entre "Jean-Baptiste" et "John-Baptist", il n'y a qu'un pas vers l'oubli professionnel.
Les stands incontournables (si vous aimez la science-fiction)
Halls 6 et 7 - Post-production et Graphics
Officiellement dédiés à la post-production et au stockage de données, mais c'est là que vous pourriez croiser quelques innovations en production de contenu vertical. Moins spectaculaire que les usines à micro-dramas chinoises de mes rêves, mais bon, on fait avec la réalité. Shakespeare ne spin peut-être qu'à 200 RPM finalement.
Hall 11 - L'obsession latence
Les géants de l'infrastructure comme Akamai exhibent leurs solutions pour descendre sous 5 millisecondes de latence. Parce qu'apparemment, 100ms de délai transforment vos utilisateurs en statues de sel. Vous découvrirez des démos de streaming sport où le but est marqué sur votre écran avant que le gardien ne bouge. Bienvenue dans l'ère où la réalité est en retard sur le streaming.
Hall 5 - Cloud et infrastructure
AWS en Hall 5, booth 5.C90 célèbre les 10 ans d'Elemental. Si vous vous demandez comment fonctionnent les backends de streaming à grande échelle, c'est le bon endroit pour comprendre. Moins glamour que l'IA qui joue au foot, mais plus utile.
Hall 14 - Future Tech - L'innovation vraiment
Le nouveau hall où l'avenir prend vie, avec le Hackfest Google Cloud gratuit (13-14 septembre), l'Accelerator Zone, et même un "Google AI Penalty Shootout". Oui, vous avez bien lu. L'IA joue maintenant au foot.
Règle de survie absolue : La loi du silence café
ALERTE ROUGE : Jamais, JAMAIS de discussions business dans les cafés du salon. L'acoustique du RAI transforme chaque conversation en podcast involontaire diffusé dans un rayon de 20 mètres.
Anecdote authentique : il y a quelques années, je critique férocement la stratégie d'une boîte, pour découvrir 10 minutes plus tard que le CEO de ladite boîte dégustait son flat white juste derrière moi. L'ambiance de la conversation suivante ? Évaporée comme la mousse du cappuccino. Amsterdam regorge de vrais cafés où personne ne sait faire la différence entre OTT et OTOH (Over The Obvious Head).
Le bingo IBC 2025 (édition premium)
□ "Notre IA révolutionne l'expérience utilisateur" (shot de café froid)
□ "Nous sommes le Netflix de [insérez n'importe quoi]" (double shot)
□ "Nos métriques d'engagement explosent" (finissez le thermos)
□ Rencontre avec un VP Strategy qui vous explique leur "vision disruptive" pendant 20 minutes
□ Démo VR qui vous donne envie de vomir en 90 secondes chrono
□ Pitch d'une "révolution" qui ressemble furieusement à ce qui existait en 2019
Pourquoi je zappe cette édition (pas que le dos)
D'abord, le dos évidemment. Marcher 15 kilomètres par jour avec 5 kilos sur les épaules, c'est révolu.
Le décalage est parfois saisissant entre les promesses des keynotes et la réalité du terrain. Pendant que de vrais ingénieurs comme ceux de FFmpeg ou VLC révolutionnent silencieusement le streaming mondial depuis 30 ans (comme je l'expliquais dans "Les Streamers Français de l'Ombre"), les projecteurs se braquent sur des annonces qui ne verront jamais le jour.
À l'époque d'Online Video French Squad (devenu Paris Video Tech), on organisait des apéros à l'IBC - l'AperoSquad avait ses habitués. Entre les bières et les discussions techniques, on a organisé 3-4 éditions, le temps de voir défiler toutes les "révolutions" : de la 4K qui allait tout changer aux codecs miracles, en passant par la VR qui devait remplacer la télé. Spoiler : on regarde toujours Netflix en 1080p sur nos canapés. Mais les ingénieurs continuent de bosser, discrètement, pour que ça marche mieux.
L'IBC reste un formidable lieu de rencontre. Pas comme sur les applis, mais voir de vrais gens rêver, parfois délirer, nous met à la fois les pieds sur terre et les yeux sur Mars. Entre le gars qui vous explique que son codec va diviser par 1000 la bande passante et l'ingénieur qui a vraiment résolu un problème concret, il y a tout un écosystème humain fascinant.
Conseils de survie finale
Pour l'hébergement, le meilleur hôtel reste celui sur le port : vous êtes sûr d'être réveillé à 7h du matin par la sirène d'un paquebot. Et vous avez le loisir de prendre le tram avec votre ticket IBC intégré... mais de découvrir que le système a évolué : maintenant c'est scan de QR code ou paiement sans contact. Fini le temps où on se faisait engueuler pour avoir oublié de composter - maintenant on se fait juste regarder bizarrement quand on cherche désespérément le composteur qui n'existe plus.
Bonus pratique : il y a apparemment une zone de relaxation avec massages quelque part dans le RAI. Parce que même les révolutions technologiques, ça fatigue.
Et surtout, rentrez vite. Le vrai streaming se vit sur nos écrans, pas dans des salons. Mon dos l'a compris avant mon cerveau, et parfois le corps a raison avant l'ego.
En attendant vos comptes-rendus épiques (et vos factures d'ostéo post-salon), je continuerai à analyser les vrais mouvements streaming depuis mon bureau ergonomique. Mes lombaires et mon portefeuille me remercient.
Merci à Benoît Leteneur qui m’a fourni le printscreen. Il ne sera pas non plus à l’IBC mais n’hésitez pas à le contacter pour vos missions OTT !
Pour planifier votre périple : IBC2025 Floor Plan | Guide officiel




Brilliant survival guide, Ludo, though I think you forgot two essentials: a spare pair of shoes and a plate of bitterballen to keep the spirits up. Sorry I’ll miss you this year, but I hope your back (and the rest of you) recovers quickly. Looking forward to catching up at another show down the line.
Au top Ludo !!!