Jeudi, le hors-série sur l’IBC 2026, raconté par vous. Le salon d’Amsterdam où l’industrie de l’audiovisuel au sens large se retrouve chaque mois de septembre. 5 voix ont accepté de répondre : Romain, Grégoire, Pierre, Thierry, Lionel. Vous avez encore le temps d’en être.
Demain, entretien avec un réalisateur de micro-drama, aussi scénariste pour Lifetime. 10 000 dollars pour une saison de 21 épisodes, soit 476 dollars l’épisode.
TL;DR : semaine du 12 au 20 septembre 2026
9 pays européens ont resserré leur financement de la création. 6 l’ont fait avant l’été. L’Allemagne a annoncé sa coupe de 2027 avant d’avoir épuisé son enveloppe de 2026. L’enveloppe était vide fin août.
L’ARCOM chiffre Netflix à 308 millions d’euros de dépenses déclarées, France Télévisions à 476. Sur l’audiovisuel seul, l’écart passe de 185 millions en 2024 à 156 en 2025.
Le total français monte quand même de 2 %. Les plateformes ont mis 128 millions de plus, les chaînes 95 de moins.
4 sociétés européennes se lancent dans le format vertical. Un seul usage publié, un seul montant : 45 millions d’euros remis par Telenet dans une filiale qui portait 18,4 de pertes cumulées. L’opération date de décembre.
Le régulateur chinois annonce 430 000 micro-dramas mis en ligne sur 8 mois. Toute l’année 2025 en comptait environ 33 000.
Roku ouvre 30 combinaisons d’abonnements et les vend avec un chiffre du cabinet qui a lancé son outil de mesure une semaine plus tôt.
Un vendeur de détection de fraude estime à 10 % les écoutes musicales frauduleuses. Deezer en mesure 8 % sur son catalogue, et voit arriver 90 000 titres générés par jour.
En Allemagne, les 3 fonds fédéraux qui remboursent une part des tournages avaient engagé leurs 250 millions d’euros dès la fin du mois d’août, 4 mois avant la clôture de l’exercice.
La coupe, elle, était déjà annoncée. 250 millions d’euros deviennent 200 pour 2027, et 48 organisations professionnelles avaient signé le 27 août une lettre ouverte pour en demander le retrait. Le 16 septembre, Frank Castenholz, chef du bureau économie du film au ministère d’État à la Culture, l’assume devant la profession. Il revendique plus d’un milliard d’euros d’investissement induit par les 250 millions de 2026.
Une coupe de 50 millions sur une ligne budgétaire est un arbitrage politique. Ce n’est pas mon métier. Une enveloppe vide 4 mois avant la fin de l’exercice, si. Un producteur qui dépose en septembre ne trouve plus personne au comptoir. Il l’apprend en déposant.
8 autres pays européens ont resserré quelque chose. Pendant ce temps, 4 sociétés se sont lancées dans le format vertical sans attendre leur guichet public.
Le guichet
Une aide sélective se décide dossier par dossier : une commission lit, compare et choisit. Une aide automatique se déclenche seule dès qu’un producteur remplit les critères. Un droit, pas une faveur. Le producteur bâtit son plan de financement dessus avant la première image.
9 politiques, aucune identique à l’autre.
2 pays coupent parce qu’un financement européen s’arrête. Les 7 autres coupent sur leur propre budget.
En Italie, les contributions sélectives du fonds cinéma et audiovisuel, l’article 26 de la loi cinéma, passent de 91,5 millions d’euros en 2025 à 41,7 en 2026, −54 %. 2 décrets de répartition du ministre de la Culture, à un an d’écart. Aux Pays-Bas, le budget des médias 2027 ramène la dotation de l’audiovisuel public sous le milliard, à un peu plus de 932 millions d’euros. Le radiodiffuseur public, lui, augmente de 94 millions le budget de NPO Start et NPO Luister, ses services à la demande. Il l’écrit sans détour : le budget de l’offre linéaire diminue, c’est un choix délibéré. En Espagne, l’argent du plan de relance d’après-covid, qui finançait les prises de participation de l’État dans des sociétés audiovisuelles, s’est tari le 30 août. Le 20 septembre, à Saint-Sébastien, le gouvernement a annoncé que le dispositif continuerait sous un autre véhicule, un fonds souverain adossé à la banque publique. Le cadre reste à négocier.
Au Portugal, le remboursement en numéraire, ce chèque qu’un producteur touche après coup sur une part de ses dépenses locales, a été refondé par décret-loi du 19 février. 350 millions d’euros sur 2026-2029, dont 200 d’argent versé et 150 de garanties d’emprunt. Le motif est écrit dans le décret : les fonds européens qui alimentaient le dispositif s’arrêtent en 2026. L’argent versé monte même de 34 à 50 millions par an. Les 150 de garanties, l’État ne les paie que si le producteur ne rembourse pas sa banque.
En Suède, le premier arrivé premier servi a été supprimé le 1ᵉʳ juillet. Les dossiers sont désormais classés, les plus gros coûts éligibles servis d’abord, avec un plafond de 10 millions de couronnes suédoises par production, environ 900 000 euros. Au Danemark, le remboursement de production est plafonné à 20 millions de couronnes danoises depuis l’accord politique de juin 2025, environ 2,7 millions d’euros. Le motif est écrit là aussi : éviter qu’une grosse production vide le pot. En Norvège, pas de plafond par projet mais une enveloppe annuelle fermée, donc concurrentielle : 288 millions de couronnes demandés en février pour 84,7 servis. Et la directrice de l’institut, Kjersti Mo, prévient que le volet automatique pèsera plus lourd sur le budget 2027.
Et en Autriche, la ligne ÖFI+, le soutien de l’institut du film aux tournages internationaux et aux séries, tombe de 44,3 millions d’euros en 2025 à 2,5 en 2026, et y reste jusqu’en 2028. La ligne classique de l’institut monte en compensation, de 21 à 36,5 millions.
Le total passe quand même de 65,3 à 39 millions. Moins 40 %.
L’automatique n’a plus rien d’automatique.
C’est devenu une file.
Le mouvement a ses exceptions. Le crédit d’impôt cinéma britannique bat un record à 702 millions de livres, environ 817 millions d’euros, en hausse de 39 % sur l’exercice clos en mars 2025. Le fisc a publié les chiffres le 17 septembre et écrit lui-même qu’il s’agit d’un plus haut historique. La Tchéquie a encaissé 67,7 millions de couronnes tchèques de taxe sur la vidéo à la demande à fin août, environ 2,7 millions d’euros, et c’est la première fois que les plateformes mondiales y figurent. Le chiffre n’est pas définitif. Sur les 9 plateformes qui visent le public tchèque, 4 ont dû être relancées. Et le Sejm, la chambre basse du parlement polonais, a voté le 18 septembre un plancher garanti de 108 millions de zlotys par an, environ 25 millions d’euros. De 2028 à 2037, sous un plafond de 230 millions.
Et la France ?
La France a publié ses comptes le 18 septembre.
L’ARCOM, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, chiffre le financement de la création audiovisuelle et cinématographique française à 1,64 milliard d’euros en 2025, +2 %. Les chaînes de télévision reculent à 1,118 milliard, −8 %. Les services à la demande montent à 525 millions, +32 %.
Deux séries de chiffres circulent dans ce rapport, et elles ne se mélangent pas. Ce qu’un service déclare avoir dépensé. Et ce que le régulateur retient après vérification : certaines dépenses sont majorées, d’autres plafonnées, d’autres reportées sur l’exercice suivant. Les 3 montants ci-dessus sont des retenus. En déclaré, les services à la demande pèsent 528 millions, et Netflix en représente 308 à lui seul, soit 58 %.
Netflix devient le premier financeur privé de la création française. Au même compteur, audiovisuel et cinéma confondus, France Télévisions déclare 476 millions d’euros, Netflix 308. Sur l’audiovisuel seul, l’écart entre les deux passe de 185 millions en 2024 à 156 en 2025.
Le 26 juin, un porte-parole de Netflix alertait dans Le Monde sur la viabilité des règles actuelles de financement par les diffuseurs et demandait un plafonnement de ses obligations. Sans évolution du cadre réglementaire, prévenait-il, la plateforme deviendrait à terme le premier financeur de la création française. Les groupes de télévision historiques se devaient de rester les premiers financeurs de la création et de l’information, ajoutait-il. Une dépendance accrue à des acteurs étrangers fragilisait le principe de souveraineté culturelle.
Netflix ne conteste pas le principe de la contribution. Il vise le taux. La France impose au moins 20 % du chiffre d’affaires net réalisé sur son territoire l’année précédente. L’Allemagne prépare la sienne à 8 %, et elle n’entrera pas en vigueur avant 2027. Ailleurs on est plus bas encore : 5 % en Espagne, 4 % au Portugal, 1,5 % en Grèce. Le seul pays au niveau français est l’Italie.
Et début juillet, Netflix, Disney+ et Prime Video ont déposé chacun leur recours devant le Conseil d’État contre un autre texte. Le décret du 30 décembre 2025 les oblige à orienter un cinquième de leur contribution à l’audiovisuel vers l’animation, le documentaire de création et le spectacle vivant. Un cinquième à terme : 12 % cette année, 16 % l’an prochain, 20 % en 2028. Sur ce même sous-quota, HBO Max a signé le 15 septembre des accords avec les producteurs et les sociétés d’auteurs, à intégrer dans sa convention avec l’ARCOM.
Les services à la demande ont mis environ 128 millions de plus, les chaînes environ 95 de moins, et la différence fait les 2 %. Le tuyau tient. Les arbitrages ont déménagé.
Le rapport dit qui paie. Le même jour, le président de l’ARCOM a dit d’où l’argent cessera de venir. Il projette les recettes publicitaires de la télévision de plus de 3 milliards d’euros à moins de 2,5 milliards en 2030. Et la part des services à la demande américains dans le financement de la création au-delà de 40 % à la même échéance.
La veille, le 17, Rodolphe Belmer, qui dirige TF1, déclarait que l’audience totale de TF1+, la plateforme de streaming du groupe, avait augmenté d’environ 30 %, et dénonçait l’attitude de prédateur de YouTube. 8 jours plus tôt, sa régie publicitaire avait donné le même ordre de grandeur en le rattachant explicitement au partenariat avec Netflix : 30 % d’heures vues en plus durant l’été.
Trois acteurs demandent la même mesure en trois jours. Le 16, le syndicat des producteurs réclame la fin de l’abattement de 66 % dont les plateformes de partage bénéficient sur la taxe CNC, dès la version initiale du budget 2027. Le 17, Belmer : « Il n’est pas normal que cet acteur du monde audiovisuel à bas coût bénéficie par exemple d’aides de l’État alors qu’il exploite le marché de la publicité sur l’écran de télévision comme TF1 ou Netflix. » Le 18, Ajdari propose de « reconsidérer l’abattement d’assiette dont elles bénéficient, qui n’a plus aujourd’hui sa justification initiale ». L’ARCOM et le CNC publieront cet hiver une étude conjointe sur le modèle économique de YouTube et sa contribution à la création française.
France Télévisions, de son côté, devra trouver 90 millions d’euros d’économies en 2027, et ses investissements dans la création sont passés de 440 millions en 2024 à 400 au budget 2026. J’ai détaillé cette mécanique dans le hors-série du 27 juillet.
Le format
45 millions d’euros.
Le seul montant que le vertical européen ait produit. Ni une levée de fonds, ni une nouvelle de cette semaine. Telenet a augmenté de 45 millions le capital de Play Media, sa filiale belge, qui portait fin 2024 une perte cumulée de 18,4 millions. L’opération date du 23 décembre et a été publiée le 28 janvier au Moniteur belge, le journal officiel du royaume, où toute société belge dépose ses actes, privée comprise. Telenet en est une : opérateur télécoms, filiale à 100 % de Liberty Global. Play Shorts, l’offre verticale de la même maison, a été lancé en juin.
J’ai passé une partie de la semaine à chercher un deuxième chiffre. Les sites de presse, les communiqués, les pages produit, les comptes déposés.
J’ai fini dans un journal officiel belge.
Quatre mouvements, un usage mesuré
Play Shorts est le seul service européen qui ait publié un usage. En août, 2 mois après son lancement en Flandre, il dépassait 7 millions de vues avec 23 minutes par session. La Flandre compte 6,9 millions d’habitants.
Play Shorts publie un usage. Le lancement suivant publie une annonce.
Snäxx n’est pas un nouveau venu. Le studio allemand adossé à Black Forest Studios à Fribourg avait annoncé la même plateforme sous le nom de MicroVerse, pour l’été 2026, avec « environ 16 séries entièrement produites ». Le nom a changé. La date a glissé au 1ᵉʳ novembre. Le chiffre, lui, n’a pas bougé : la presse écrit toujours 16 séries terminées.
Le catalogue du studio porte bien 16 titres. Un seul est en postproduction, les 15 autres en développement. Le chiffre est exact, le mot « terminées » ne l’est pas. En juin, le studio promettait 10 séries finies avant la fin de l’année. Il en tient une en septembre.
Le chiffre a un an. Le renommage a effacé la trace qui permettrait de le voir.
Lime Pictures, filiale de Banijay, a signé son premier drame vertical pour epis, le service de RoseBerry Media qui revendique plus de 100 titres et 25 productions verticales originales prévues en 2026. J’avais décrit le modèle epis dans le hors-série de juillet : RoseBerry reformate les catalogues des distributeurs, qui gardent leurs droits d’origine. Banijay y entre cette fois par la porte de la production : les deux maisons présentent Revenge Is a Dish, 57 épisodes, comme une coproduction.
Jamie Oliver joue dans une comédie verticale en 5 épisodes, Finding Jamie While He’s Finding Himself, produite par l’agence londonienne Baby Teeth et financée par Life360, une application de géolocalisation familiale. Elle est sortie le 17 août sur ses comptes sociaux, pas sur une application verticale, et c’est le groupe Oliver qui garde les droits.
Et le Hollywood Reporter a ajouté un classement des micro-dramas à son tableau de bord, à côté du box-office et des minutes Nielsen. Il est alimenté par l’indice vertical du cabinet Owl & Co.
En Inde, Zee a présenté le micro-drama comme l’un de ses nouveaux moteurs de croissance devant ses actionnaires, avec le jeunesse et le spectacle vivant, et sa plateforme ZEE5 rentable sur l’exercice. La radio Big FM discute avec des studios pour y entrer. Et le vendredi 11 septembre, Kuku Technologies, maison de Kuku FM et Kuku TV, a obtenu du régulateur boursier indien le feu vert pour un dépôt confidentiel d’introduction en bourse. 25 à 35 milliards de roupies, soit environ 230 à 320 millions d’euros.
L’échelle en face
Le 17 septembre, la NRTA, le régulateur audiovisuel chinois, a annoncé 430 000 micro-dramas mis en ligne sur 8 mois. Le même régulateur, par la voix du même directeur, en avait compté environ 33 000 pour toute l’année 2025 : même compteur, même unité, des titres mis en ligne.
8 mois de 2026 pèsent 13 fois l’année 2025 entière. Je n’ai pas d’explication qui tienne dans une phrase, et c’est précisément pour ça que le sujet mérite son propre numéro (bientôt DI5 ;) ).
Le reste du fil chinois ira là. Les 128 000 titres du premier trimestre dont plus de 95 % générés par intelligence artificielle, comptés par Caixin Global et publiés ici dans le #50. La part des titres générés retombée à 64 % au deuxième trimestre, non que l’IA reflue : les mises en ligne en prises de vues réelles passent de 6 000 à 86 000, dans l’entretien avec Hugo Brisbois de lundi dernier. Les prestataires de séries animées par IA passés de 1 216 à 698 en 3 mois. Début octobre.
Même mouvement, hors de Chine. Pocket FM, plateforme indienne de fiction audio, a lancé Sherpa, un outil de génération de récits par intelligence artificielle. 9 jours plus tôt, son cofondateur et directeur général déclarait à TechCrunch un passage de 250 à 500 millions de dollars de revenus annualisés, environ 436 millions d’euros. Il précise le calcul : le revenu du mois en cours multiplié par 12.
Ce que je retiens
En juin, dans la Dimension Interdite #4, j’écrivais que l’Europe consomme massivement du vertical et n’en fait pas encore assez. 3 mois plus tard elle en produit, dans 3 pays, avec des groupes qui comptent.
Aucun des quatre n’a donné de budget par série ni de coût par épisode. Ils viennent de commencer.
Le Short Drama Forum, édition européenne, réuni dimanche par Wenwen Han, fondatrice de la Short Drama Alliance, ne dit pas autre chose. Une scénariste allemande, 15 ans de feuilleton quotidien et 6 séries verticales depuis janvier, y explique que le blocage n’est pas le contenu mais la monétisation : le paywall asiatique ne se transpose pas.
En Europe, les seuls chiffres publics du format sont venus d’un journal officiel belge et d’un service flamand de 2 mois.
Et pendant ce temps, dans le monde des télés connectées
Le 17 septembre, Roku a ouvert 30 combinaisons d’abonnements dans sa boutique Premium Subscriptions aux États-Unis, avec jusqu’à 30 % de remise. Starz avec Crunchyroll, Fox One avec Fox Nation, Viaplay avec France Channel, HBO Max avec Cinemax. La liste complète tient sur 32 lignes. C’est la première fois que des offres groupées passent par cette boutique, et 2 combinaisons ouvrent au Mexique.
Pour les vendre, Roku a communiqué à la presse une donnée du cabinet Antenna : 76 % des abonnements souscrits dans sa boutique n’auraient pas existé sans elle. Le client ne serait pas allé s’abonner en direct chez le service. Roku ne prendrait donc pas des abonnés aux autres, il en créerait. Antenna n’a pas publié ce chiffre lui-même.
Une semaine plus tôt, le 10, le même cabinet avait lancé un outil qui attribue les inscriptions d’abonnés à des titres précis du catalogue. 2 produits différents, 7 jours d’écart, un seul fournisseur. Rien n’indique que la mesure soit complaisante. Un cabinet vend ses données à qui les achète. Un distributeur choisit dans ce qu’il a acheté le chiffre qui l’arrange.
Le responsable des abonnements de Roku, Randy Ahn, explique à Deadline qu’il n’y a pas de formule magique derrière le choix des paires. Sur le partage des revenus et celui des données entre les services vendus ensemble, Roku n’a rien publié. J’ai relu trois fois. Je cherchais l’ironie. Elle n’y est pas.
En août, Owl & Co a chiffré l’économie de la vidéo verticale hors Chine à 150 milliards de dollars, environ 131 milliards d’euros. Le périmètre est écrit dans le rapport : TikTok, les Reels d’Instagram et de Facebook, les Shorts de YouTube, les applications verticales et les plateformes d’achat en direct. Dont 131 milliards de dollars de publicité, soit 114 milliards d’euros. Le même rapport dimensionne le micro-drama à 4 milliards de dollars, soit moins de 3 % de l’ensemble.
Owl & Co publie les deux chiffres. La reprise n’en garde qu’un, le grand.
Howdy, le service maison de Roku à 2,99 dollars par mois, environ 2,60 euros, a été lancé en août 2025 et a passé le million d’abonnés cette année. Il figure dans 3 des combinaisons vendues, aux côtés des services de ses partenaires. Depuis le 1ᵉʳ septembre, Roku a modifié ses conditions de distribution : à partir du 27, un partenaire peut vendre son abonnement depuis les surfaces de Roku sans y maintenir d’application. L’écran d’accueil devient une activité de vente en gros d’abonnements.
La même semaine, Prime Video a annoncé son offre groupée à 29,99 dollars par mois, environ 26 euros : AMC+, Starz, BritBox, PBS Masterpiece et MGM+ derrière une seule caisse Amazon. Le groupage revient par cycles. Fin 2017, la liste des services à lancer l’année suivante tenait dans un tweet. Sept ans plus tard, le bundle était de retour. Il l’est encore. JustWatch, le comparateur de programmes qui dit où regarder quel titre, lance en octobre son propre service de streaming dans 12 marchés, la France comprise. Gratuit avec publicité, payant sans publicité, ou à la location. Il sait ce que les gens cherchent avant de savoir ce qu’ils regardent. Globo a placé sa chaîne sportive gratuite Ge TV sur Prime Video pour y affronter CazéTV, la chaîne du commentateur brésilien Casimiro, qui y était déjà. Et Sony, qui a ouvert la PS5 à la publicité vidéo et à une centaine de chaînes gratuites en août, l’a défendue le 17 par la voix de Keith Le Goy, président de Sony Pictures Television. 40 à 50 millions de personnes sur la console.
Roku a accepté d’être racheté par Fox sur une valeur d’entreprise de 22 milliards de dollars, environ 19 milliards d’euros, clôture attendue au premier semestre 2027, pour une plateforme installée dans plus de 100 millions de foyers.
J’avais posé dans le numéro 51 que deux nouveaux abonnements de niche sur trois passaient par Amazon. Un mois plus tard, le téléviseur fait la même chose. La console s’y met.
Ailleurs cette semaine
Le repli
Au Nigeria, plus de 1 100 films sortent chaque année directement sur YouTube.
MultiChoice, le groupe sud-africain, a réduit de 18 % ses heures de production locale en 2025, 5 340 contre 6 502 l’exercice précédent. Puis Canal+ a annoncé en mars la fermeture de son service Showmax. Personne n’est allé vers une plateforme neuve. Tout le monde est allé vers celle qui existait déjà et qui ne demande rien à l’entrée. Netflix, de son côté, a cessé de commander : 5 films nigérians dont il a acheté les droits depuis janvier, tous après avoir fait leurs preuves en salle.
YouTube double au 1ᵉʳ février 2027 le seuil d’entrée au Partner Program sur les Shorts, de 10 à 20 millions de vues sur 90 jours, son programme de partage de recettes publicitaires. Ce seuil-là ne touche que les candidats. La même date en pose un second, continu : en dessous de 10 millions de vues Shorts sur 90 jours, un créateur déjà membre reste dans le programme et garde ses recettes long format. Sa part sur les Shorts se met en pause.
Le refuge était gratuit. Il devient sélectif.
La tuyauterie
Dans le FAST, la télévision gratuite financée par la publicité, l’éditeur d’une chaîne garde 35 % des recettes publicitaires quand le distributeur en prend 50 %, paye son playout et son catalogue, et n’a la main ni sur la découverte ni sur le placement. La distribution est bon marché, l’audience ne l’est pas. À l’IAB Creator Upfront, les annonceurs américains réservent leurs budgets créateurs pour l’année. L’IAB est l’association américaine de la publicité numérique. L’organisation y a mis sur la table sa propre enquête : ce qui compte comme une vue, la façon de mesurer la performance et l’achetabilité des créateurs restent trois questions ouvertes. « Improviser est facile quand un marché est petit ; à 44 milliards, ça casse », résume son vice-président James Douglas. Et au Brésil, VBTV, le service de Volleyball World, a basculé ses abonnements sur Pix Automático, le prélèvement automatique adossé au système de paiement instantané brésilien, pour la conversion. Sa baisse de résiliation, il l’attribue à autre chose : au prix, et au passage de 90 % d’abonnés mensuels à une parité mensuel-annuel.
Acquérir, mesurer, encaisser.
La fraude
Beatdapp, qui vend aux services de streaming la détection de fraude, estime sur 4 000 milliards d’écoutes analysées qu’au moins 10 % des écoutes mondiales sont frauduleuses. Deezer, sur son seul catalogue, en mesurait 8 % l’an dernier.
Le 14 septembre, l’IFPI, la fédération internationale de l’industrie phonographique, a lancé la Streaming Integrity Initiative avec 27 labels et distributeurs, dont Sony Music, Universal et Warner. Les distributeurs s’engagent à vérifier l’identité de leurs clients selon les procédures KYC, le know your customer emprunté aux banques, à contrôler les contenus et à partager leurs renseignements. Deezer apporte les ordres de grandeur. Sur les titres qui arrivent chaque jour dans son catalogue, plus de la moitié sont générés par IA, soit environ 90 000 par jour au pic de juin. Jusqu’à 85 % des écoutes de titres entièrement générés étaient frauduleuses l’an dernier.
Le 21 juillet, le tribunal économique du Caire a condamné 2 opérateurs de StreamEast à 2 ans de prison et 5,5 millions de livres égyptiennes d’amende chacun. StreamEast est l’un des plus gros sites de diffusion sportive illégale. En Inde, la Haute Cour de Delhi a fait bloquer 11 sites avant la sortie du film VIBE, avec blocage en temps réel des suivants. Ce dispositif-là, l’injonction « dynamic+ », date d’août 2023 et a déjà servi à Warner, JioStar et DAZN.
Et le Nigeria, encore. Une enquête publiée le 29 août chiffre à 7,5 milliards de nairas, environ 4,9 millions d’euros, ce que Nollywood perd chaque année au piratage, et montre que Telegram en est devenu le canal principal.
Trois blocs, un même déplacement. L’argent de la création vient de moins en moins d’un guichet public et de plus en plus d’une obligation faite aux plateformes. Le format qui monte en Europe ne passe par aucun des deux et ne publie presque rien. L’endroit où l’abonné arrive, lui, se vend, se mesure et se rachète.
La règle française était accrochée à une porte, le hertzien. La porte a déménagé dans une boutique qu’aucune obligation n’atteint. Les créateurs y sont locataires depuis plus longtemps que tout le monde.
Ce que je garde pour plus tard
La chronologie chinoise de l’intelligence artificielle dans le format court. Elle ne commence pas où je l’ai racontée en mai : l’État chinois encadrait le drama animé par IA avant que l’industrie ne s’y mette. C’est le sujet d’un prochain numéro de la Dimension Interdite, bientôt.
Ludovic Bostral. 25 ans de streaming : M6 Replay, Afrostream (Y Combinator S15), Majelan. Analyste indépendant, fondateur de Streaming Radar.
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