Mardi, un entretien. Gennadiy Fefelov est line producer de vertical drama à Los Angeles, chez TeraVision Production. Il a tourné pour My Drama et DramaWave. 60 épisodes en 6 à 8 jours, 25 personnes sur le plateau, hors casting. Il raconte fin juin, le moment où les plateformes ont basculé sur l’IA et où les tournages se sont arrêtés.
Cette semaine, six faits sans rapport apparent. Une boutique d’abonnements américaine. Une application chinoise qui repasse la frontière. Une régie qui laisse acheter par n’importe quel canal. Un compteur de vues qu’on redéfinit. Un diffuseur sportif qui se met à vendre du logiciel. Et Gap qui embauche une patronne de studio.
Le calendrier a de l’humour : les cinq services des studios hollywoodiens viennent d’annoncer qu’ils gagnaient enfin de l’argent, tous, au même trimestre. Huit ans pour y arriver. Le trimestre où deux nouveaux abonnements de niche sur trois sont passés par Amazon.
On commence par là.
TL;DR
Les cinq services de streaming des grands studios hollywoodiens gagnent de l’argent au même trimestre, une première. Trois d’entre eux ont cessé de dire combien ils ont d’abonnés.
67 % des nouveaux abonnements aux petits services américains sont souscrits dans la boutique d’Amazon, contre 61 % un an plus tôt.
Netflix laisse les annonceurs acheter sa publicité depuis n’importe quel outil du marché. Il garde chez lui ce qui diffuse les annonces et ce qui compte les résultats.
Le 24 août, YouTube change sa définition d’une vue. Le chiffre qui sert à vendre monte d’environ 30 %. Celui qui sert à payer ne bouge pas.
Bilibili relance son application internationale, supprime la vérification d’identité et démarche les YouTubeurs, neuf jours après que YouTube a durci l’accès à sa monétisation.
DAZN rachète deux sociétés techniques pendant que l’opérateur des chaînes sportives régionales américaines ferme. Il ne rachète pas les droits devenus orphelins, il équipe les clubs qui les détiennent.
Gap, Kraft Heinz, Starbucks et Procter recrutent des patrons de studio pendant qu’Hollywood commande moitié moins de fiction qu’avant 2023. Et Publicis cofinance une série Prime Video.
Ils ont tous gagné de l’argent le même trimestre. Reste à voir avec quoi
Au deuxième trimestre 2026, les cinq activités de vente directe au client des grands studios américains sont rentables et en croissance en même temps. C’est une première.
Netflix : 12,6 milliards de dollars de revenus, en hausse de 13 %. Profit à 3,4 milliards.
Disney+ et Hulu : 5,5 milliards de revenus combinés, en hausse de 11 %. Profit à 712 millions, plus du double d’il y a un an.
Warner Bros. Discovery : 3,08 milliards en vente directe, en hausse de 10 %. Profit à 512 millions, en hausse de 75 %.
Paramount+ : 2,1 milliards, en hausse de 16 %. Profit à 366 millions. 81,6 millions d’abonnés.
Peacock : 189 millions d’excédent brut ajusté, contre 101 millions de perte un an plus tôt. Revenus à 1,9 milliard, en hausse de 54 %, dont une publicité en croissance de près de 70 %. Six ans après le lancement.
Disney devient le premier acteur historique dont le streaming dépasse la télévision classique en contribution au revenu. Chez Warner, le revenu de contenu recule de 18 % à 84 millions : la croissance vient de l’abonnement, pas de la vente de programmes.
Ces 189 millions sont un excédent brut ajusté, pas un bénéfice net. Un excédent avant amortissement du contenu, et l’amortissement du contenu, c’est précisément le poste qui a tenu ces services dans le rouge pendant des années.
Maintenant, d’où sortent ces trimestres. Peacock : séries éliminatoires de la NBA, Coupe du monde, Love Island USA. La Coupe du monde a rapporté à elle seule 440 millions de dollars de revenus supplémentaires au pôle médias de Comcast. Paramount+ : Dutton Ranch, Coupe du monde et UFC, avec à la clé son meilleur trimestre en matière de résiliations. Et Mike Cavanagh, codirecteur général de Comcast, a prévenu les analystes de raisonner en année plutôt qu’en trimestre, parce que le calendrier sportif fait le résultat.
Warner met en avant Euphoria, House of the Dragon et The Pitt, donc du catalogue, plus ses lancements internationaux. Netflix et Disney ne dépendent d’aucun événement. Reste que le seul qui bascule dans le vert cette année, et celui qui signe son meilleur trimestre de rétention, le doivent au même tournoi de football.
Et Peacock enchaîne : quatrième hausse de prix en quatre ans, de 10,99 à 12,99 dollars, en devenant au même moment gratuit pour les abonnés Walmart+. Un service qui passe rentable, augmente son tarif et se donne chez un distributeur, le même trimestre.
Netflix, Disney et Warner ont tous les trois arrêté de publier leur nombre d’abonnés chaque trimestre, et Netflix passe ses rapports d’engagement du semestriel à l’annuel. Quant aux deux absents de cette liste de cinq, Prime Video et Apple TV, ils n’ont jamais publié de chiffres séparés. On sait par une présentation de la NFL au régulateur américain des télécommunications que Prime Video tournerait autour de 180 millions d’abonnés. Et par Amazon que son offre avec publicité touche plus de 315 millions de spectateurs par mois. C’est tout. Trois qui ferment le compteur, deux qui ne l’ont jamais ouvert, au moment précis où l’argent arrive.
Huit ans qu’on se demande si le streaming peut gagner de l’argent. Réponse : oui. Tout le monde, le même trimestre. Bravo à eux. Le reste du numéro, c’est ce qu’ils ont laissé filer pendant qu’ils cherchaient.
Le streaming de niche reperd les trois quarts de ses clients chaque année
Antenna, qui mesure les abonnements américains par panel, a sorti son State of Subscriptions le 18 août.
La rétention d’abord. 72 % des abonnés sont encore là au bout d’un mois. 54 % au bout de trois. Moins d’un sur deux à quatre mois. 27 % à un an, contre 35 % pour les grands services.
Le décor ensuite. 42 millions d’abonnements répartis sur 31 services de niche aux États-Unis, en croissance de 14 % sur un an contre 6 % pour les grands services. Ils pèsent 13 % des abonnements, contre 12 % deux ans plus tôt. Au total, 63,6 millions de personnes en ont essayé au moins un, soit 55 % de plus qu’au deuxième trimestre 2024 : un abonné américain au streaming sur trois. Le trimestre bat un record de la catégorie avec 1,8 million d’ajouts nets.
67 % des entrées brutes des services de niche passent par Amazon Channels au deuxième trimestre 2026, contre 61 % un an plus tôt. Les entrées brutes, ce sont les abonnements souscrits sur la période, avant les résiliations. Et Amazon Channels, c’est la boutique d’abonnements intégrée à Prime Video, où l’on ajoute un service tiers à son compte en un clic. Derrière, The Roku Channel monte de 566 000 début 2024 à 1,4 million ce trimestre. YouTube Primetime Channels gagne 47 % sur un an, tiré par Crunchyroll, MGM+ et AMC+.
Trois boutiques concentrent donc l’acquisition d’un marché qui doit recruter sans arrêt.
Quand vous reperdez vos abonnés à cette vitesse, l’acquisition n’est plus une campagne, c’est une ligne de coût qui tourne toute l’année, tous les ans. Et celui qui encaisse le paiement prend 15 à 30 % de votre revenu d’abonnement la première année, selon qui vous êtes, plus une part de votre inventaire publicitaire. Il vous met aussi en avant dans son interface, il connaît le client, il sait le ramener chez vous après son désabonnement. Il tient la relation et il la facture. Vous fournissez les épisodes.
Dans le #19, on avait chiffré l’autre bout du raisonnement : le bundle réduit les résiliations de 59 % selon Disney. On savait que le bundle retenait. On sait maintenant à qui ça profite.
Cinq réserves
Le périmètre est étroit. La catégorie exclut HBO Max, Paramount+ et Peacock, et ni Netflix ni Disney+ ne sont vendus sur Prime. Ces 67 % décrivent la part d’Amazon sur les services de niche, pas sur le marché de l’abonnement.
Angel Studios vend une adhésion, pas un abonnement. Ses 2,61 millions de membres payants, en hausse de 99 % sur un an pour 90,7 millions de dollars au deuxième trimestre, votent sur les films et séries que la plateforme distribuera. Le service ne figure pas dans les 31 du périmètre. Un produit vendu en direct, et qui ne ressemble pas à un abonnement, échappe à un panel qui compte des souscriptions passées en boutique. Le panel définit son segment par ce qu’il sait facturer.
Howdy, le service à 2,99 dollars par mois lancé par Roku, cumule 3 millions d’inscriptions depuis août 2025, dont 1,3 million sur le seul deuxième trimestre, et compte 1,6 million d’abonnés actifs à fin juin. L’écart fait 1,4 million de départs. Howdy est le meilleur élève de la catégorie en rétention, 39 % encore là au dixième mois, huit points au-dessus du repère. Le service pèse 23 % des inscriptions passées par The Roku Channel : Roku pousse son propre service dans sa propre boutique. Rien de tout ça n’apparaît dans les documents financiers de Roku.
Et Amazon n’est pas encore incontournable. Apple TV, entré dans Channels en 2025, n’y a fait passer qu’environ 10 % de ses abonnés. Disney+, Hulu et Netflix pèsent près de 13 % de toute l’audience télévisée américaine selon Nielsen, et n’y sont pas. Si la boutique était indispensable, le nombre de partenaires le montrerait. La part croît, elle n’est pas acquise.
Fox rachète Roku pour 22 milliards de dollars. On l’a traité dans La couche invisible en juin. Le concurrent qui monte le plus vite face à Amazon va passer sous le contrôle d’un major, et son profit trimestriel vient de bondir de 1 464 %, à 164 millions de dollars. Le contre-pouvoir qu’on est en train de mesurer est déjà racheté.
Netflix laisse acheter partout. Il mesure lui-même
Netflix a clôturé son marché publicitaire américain 2026 — l’upfront, où les annonceurs réservent leur inventaire un an à l’avance. Ce qu’il annonce, c’est une place de marché et des accords initiés par les plateformes d’achat, pour que les acheteurs transigent depuis l’outil qu’ils utilisent déjà, Google DV360, Amazon, Yahoo ou The Trade Desk. Les publicités sur pause, jusqu’ici vendues en direct, deviennent achetables automatiquement partout.
Il faut remonter deux ans pour comprendre le mouvement. Netflix a ouvert son inventaire à The Trade Desk, DV360 et Magnite en mai 2024, ajouté Yahoo en juin 2025, Amazon fin 2025. Et surtout, en avril 2025, il a lancé sa propre suite publicitaire, coupant sa dépendance à la technologie de Microsoft. Depuis, il possède en propre la diffusion des annonces, le ciblage, la mesure de conversion et les environnements sécurisés où l’on croise les données clients.
Le canal d’achat lui est donc égal : on peut passer par où l’on veut. La mesure, non. Elle reste chez lui.
Et il en a besoin. Netflix a quelques milliers d’acheteurs. YouTube et Meta en ont des millions. Il compte 250 millions d’utilisateurs actifs mensuels sur l’offre avec publicité, une activité publicitaire censée doubler à 3 milliards de dollars cette année, et un problème qui n’est pas de choisir ses annonceurs, mais d’en trouver.
Le contexte de marché explique l’urgence. Les engagements du streaming atteignent 17,2 milliards de dollars, en hausse de 30 %, pendant que le prix de l’inventaire de télévision connectée recule de 10 à plus de 30 % sur un an et que le coût moyen aux mille contacts passe sous les 30 dollars. Les engagements montent de 30 % en dollars pendant que le prix unitaire baisse de 10 à 30 % : le volume écoulé progresse donc beaucoup plus vite que 30 %. Il faut en vendre toujours plus pour encaisser autant. On avait posé le décor de ce marché dans le #42, la suite lui donne raison plus vite que prévu. Et Disney vient d’avertir que son revenu publicitaire du quatrième trimestre souffrira d’un marché plus mou que prévu.
Bilibili ouvre le guichet que YouTube vient de fermer
Le 19 août, Bilibili relance son application internationale. Android d’abord, iOS annoncé, site en anglais pour le dépôt de vidéos. Il supprime la vérification d’identité : plus de passeport exigé pour s’inscrire depuis l’étranger. L’application mélange contenu chinois et contenu international.
En parallèle, recrutement d’animateurs de communauté à Los Angeles, Londres, Mexico, São Paulo, Istanbul et Tokyo, avec une modération par intelligence artificielle opérée depuis Singapour. La plateforme domestique revendique 376 millions d’utilisateurs actifs mensuels et 119 minutes par jour au premier trimestre 2026. Et un démarchage documenté de YouTubeurs, MrBeast compris, avec un argumentaire de monétisation qui circule dans un salon de discussion réservé aux créateurs.
Rappel de la semaine dernière, dans le #50 : YouTube a doublé les seuils de son programme partenaire le 10 août, 84 551 chaînes sont coincées entre l’ancienne barre et la nouvelle, re-signature obligatoire avant le 31 janvier 2027.
On ne supprime pas la vérification d’identité et on n’embauche pas dans six villes pour tester un marché.
Est-ce que Bilibili peut battre YouTube ? Non. En revanche, un créateur que son guichet principal vient de refuser vaut désormais quelque chose sur le marché. Assez pour qu’on vienne le chercher depuis Shanghai.
Aucune déclaration ne relie ce lancement au durcissement du programme partenaire. J’écris la séquence, pas la causalité.
Le 24 août, YouTube change la définition d’une vue
Annoncé le 17 août sur ses pages d’assistance, effectif ce lundi 24, dans le monde entier et sur tous les formats : une vue publique sera comptée dès la première image de lecture. Plus de seuil de visionnage. Les formats longs et les directs rejoignent le régime que les Shorts ont adopté en 2025, celui de TikTok et d’Instagram.
L’ancienne définition ne disparaît pas, elle est renommée. Elle devient l’engaged view, la vue avec engagement, et c’est elle qui continue de gouverner les revenus des créateurs et l’éligibilité au programme partenaire.
Résultat, deux compteurs. Celui qu’on affiche, et celui qui sert à vous payer. Pas le même chiffre.
Agentio a publié le 21 août une estimation de l’écart, sur 35 800 vidéos de créateurs analysées entre juin et juillet : les vues publiques ressortiraient environ 30 % au-dessus des vues avec engagement. Jusqu’à 36,5 % en technologie et en remise en forme, 27 % en jeu vidéo. Sur les Shorts, où le basculement a déjà eu lieu, l’écart mesuré sur 550 vidéos organiques atteint 65 %. Agentio vend de l’espace publicitaire chez les créateurs : l’émetteur a intérêt au chiffre. L’ordre de grandeur est cohérent avec ce que d’autres acheteurs avancent, autour de 20 à 30 %.
Deux conséquences.
D’abord, le changement n’est pas rétroactif. Les vidéos publiées avant le 24 août gardent leur historique, les lectures postérieures basculent dans le nouveau régime. Ça crée une rupture permanente de série au 24 août 2026. Toute comparaison d’audience YouTube qui enjambe cette date est fausse si elle ne le mentionne pas. À noter dans vos tableaux de bord, on va tous se faire avoir au moins une fois.
Ensuite, tout contrat qui garantit un nombre de vues sans préciser laquelle devient ambigu lundi. Un créateur atteindra son engagement plus vite sans une seconde de visionnage supplémentaire.
Dans l’ordre. Le 10 août, YouTube double le seuil d’entrée de sa monétisation. Le 24, il change l’unité de compte, ce qui gonfle d’environ 30 % le chiffre qui sert à négocier et laisse intact celui qui sert à rémunérer. Chacune des deux décisions se défend toute seule. Prises ensemble, en deux semaines, ça donne une plateforme qui rend sa monétisation plus dure d’accès et son inventaire plus gros. Je ne dis pas que c’est concerté. Je dis que c’est le même mois.
Et ça prolonge la question laissée ouverte par le #47, quand YouTube avait déjà réécrit son comptage d’audience côté télévision : qui vérifie le mesureur, quand le mesureur est aussi le vendeur ? À sa décharge, le standard de la profession n’est pas plus exigeant. Le Media Rating Council valide une impression vidéo à deux secondes continues avec la moitié des pixels de l’annonce à l’écran. Le secteur entier converge vers l’exposition comme chiffre de tête et relègue l’attention dans le tableau de bord.
DAZN équipe les clubs que le marché vient de lâcher
Le 18 août, DAZN a bouclé le rachat de ViewLift, annoncé fin avril, pour environ 100 millions de dollars en numéraire et en titres. Une pile technique, plus un portefeuille de 15 franchises professionnelles américaines et 5 réseaux régionaux. Le modèle est écrit noir sur blanc : vendre la technologie aux détenteurs de droits et prendre une part de leurs abonnements. DAZN fournit l’outil aux équipes qui lancent leur propre service, et récupère la distribution de leur sport local sans acheter les droits.
En juillet, il avait déjà pris EverPass Media, détenteur exclusif de la distribution de NFL Sunday Ticket aux bars, restaurants et hôtels américains. Montant non divulgué.
Et le 20 août, Main Street Sports a officiellement fermé. C’était l’opérateur des chaînes sportives régionales américaines, celui qui diffusait les matchs de saison régulière dans leur propre ville. Cela laisse 13 franchises NBA et 6 à 7 franchises de hockey sans diffuseur local.
DAZN ne rachète pas les droits orphelins. Il équipe les orphelins, et récupère leur audience au passage. Le même jour, il renouvelait ses droits de Serie A au Royaume-Uni et en Irlande, donc non, il n’a pas arrêté d’acheter des droits. Ce n’est plus son seul métier.
Et ce n’est pas nouveau, c’est devenu lisible cette semaine. Le mouvement commence en avril 2025 avec le rachat de Foxtel à 2,2 milliards de dollars, un opérateur australien de télévision payante et ses 1,2 million d’abonnés déjà facturés, devenu depuis le premier marché du groupe par le chiffre d’affaires. Il continue avec les paris et la distribution de services tiers en partage de revenus. Le tout sur un marché où les droits se renouvellent moins cher, faute d’enchérisseurs en face. Un acheteur qui a englouti plus de 6,7 milliards de dollars pour exister et qui achète maintenant des bases d’abonnés déjà facturées, ça se regarde sur dix ans, pas sur une semaine.
Deux mouvements complètent le tableau la même semaine. La NFL détient 10 % d’ESPN et fait payer l’accès à sa donnée officielle dans les paris sportifs : Fanatics paie, DraftKings et FanDuel non. Et YouTube reste le favori déclaré pour la diffusion locale de la NBA, à un prix demandé rapporté autour de 1,2 milliard de dollars. Le financeur historique disparaît. Celui qui a déjà les clients ramasse.
Liga F : le sortant revient, pour la durée la plus courte possible
Le #50 s’arrêtait sur un constat : le football féminin espagnol n’avait pas de diffuseur à 12 jours du coup d’envoi. C’est réglé. Offres closes le 19 août à midi, attribution dans la journée. DAZN prend les 8 matchs de chaque journée en payant, RTVE et la catalane 3Cat/TV3 en diffusent 4 en clair, soit 120 des 240 matchs de la saison. Durée : trois saisons, la plus courte que le cahier des charges autorisait. Montant non communiqué, droits internationaux non attribués, et les réserves du deuxième tour — 5 millions d’euros pour le payant, 2 millions pour le clair, 800 000 pour l’Union européenne — n’ont jamais été atteintes publiquement.
Le sortant revient, à un prix qu’on ne dit pas, pour la durée la plus courte possible. Trois saisons, c’est ce qu’on signe quand on espère que le prochain appel d’offres sera meilleur.
Le 19 août, Amazon expliquait que la demande d’annonceurs sur le sport féminin dépasse l’inventaire disponible, au point d’écarter des marques des achats classiques. WPP Media mesure des impressions publicitaires en hausse de 79 % sur un an et un engagement supérieur de 20 % au non-sport en télévision hertzienne et câblée. Ce sont deux mesures distinctes, et l’engagement est comparé au non-sport, pas au sport masculin.
Ce qui se dévalue, ce n’est pas le sport féminin. C’est le sport féminin sans guichet publicitaire. Et la différence tient à la durée : Amazon a sécurisé onze ans avec la WNBA et un accord pluriannuel avec la ligue de football féminin américaine, de quoi bâtir une régie dessus. Amazon a onze ans devant lui. La Liga F en a trois.
Les marques qui ont déjà le client se paient un studio
Le vide d’abord. La production de cinéma et de vidéo américaine a perdu 49 000 emplois en dix ans, soit 21 %, selon le Bureau of Labor Statistics. Et l’industrie commande près de 50 % de séries de fiction en moins qu’avant les grèves de 2023, chiffre attribué à Luminate, pas au journal qui le reprend.
Le plein maintenant. Gap recrute Pam Kaufman, ancienne dirigeante de Paramount, comme directrice du divertissement. e.l.f. Cosmetics recrute Jennifer Sutherlin pour diriger sa division divertissement. Starbucks Studios compte le producteur Michael Sugar. À quoi s’ajoutent P&G Studios, The Kitchen chez Kraft Heinz et Cookie Jar & A Dream Studios chez Dick’s Sporting Goods. Les budgets vont de quelques dizaines de milliers de dollars pour une série numérique brute à plus de 50 millions quand c’est adossé au Super Bowl ou à la Coupe du monde.
La comédie DINKS, commandée par Prime Video, est partiellement financée par Publicis. Un groupe publicitaire cofinance une série de fiction d’un grand diffuseur. L’annonceur est passé du côté de ceux qui commandent.
Ce n’est pas isolé. John Bronco, financé par Ford avec Imagine, est sur Hulu. Dying to Know, financé par Google Pixel, est sur HBO Max, à côté de la saison 3 de The White Lotus. Et les marques commandent directement aux créateurs via Portal A : Pit Stop Tonight pour Toyota avec Kareem Rahma, Colin and Samir Start Over pour Lexus.
Les annonceurs partent pour des raisons de mesure, et ils le disent sans détour. Le marketing à la performance fait qu’une vidéo sur Instagram ou YouTube livre des résultats plus mesurables qu’un spot de télévision, pendant que les diffuseurs et les chaînes courent pour lancer leurs propres outils de mesure. Les marques sont parties là où la mesure était. Et pendant qu’elles y sont, la plateforme change la définition de la mesure — voir plus haut.
Une marque a déjà ce que le studio a perdu : le moyen de paiement de dizaines de millions de gens. Il lui manquait le programme. Et du programme, il y en a sur le marché en ce moment : moitié moins de fiction commandée, 49 000 postes en moins, donc des équipes et des noms disponibles.
Le contrepoint : faire une bonne série est difficile même pour ceux dont c’est le métier, et l’idée qu’une direction marketing sorte soudain le prochain succès n’est pas vraisemblable. Mais ils vendront peut-être de l’inventaire en essayant.
95 % des micro-dramas chinois sont faits par IA. Ils font 4 % des vues
Le #50 a publié, d’après Caixin Global, que plus de 95 % des quelque 128 000 micro-dramas sortis en Chine au premier trimestre 2026 sont faits par intelligence artificielle. La moitié manquante dormait dans notre propre base depuis le 1er juin : selon l’association officielle chinoise du secteur audiovisuel, le micro-drama généré fait 95 % de l’offre et 4 % des vues. C’est une moitié de fait, et la seconde moitié la retourne.
Le compteur de production confirme par l’autre bout : 470 titres générés par jour en janvier 2026 selon DataEye.
Côté revenus, l’inverse exact. ReelShort atteindrait 1,05 milliard de dollars en 2026, en hausse de 34 %, et son premier bénéfice net réel après une perte de 12 millions en 2025.
Et la production commence à sortir de son genre unique. Quatre acteurs sans lien entre eux ont déclaré le même jour que la romance-vengeance a atteint son plafond et que la bataille se déplace vers le genre et la propriété des droits.
Le récit dominant depuis six mois, celui d’une intelligence artificielle qui avale le format, décrit une réalité de production. Pas une réalité d’audience. 95 % des titres pour 4 % des vues, c’est la définition d’un remplissage.
Et ça boucle le numéro. Dans le vertical non plus la valeur n’est pas dans le stock de titres. Elle est chez celui qui encaisse : le service qui passe rentable pour la première fois, pas l’usine à 470 titres par jour.
Brèves
Disney commande 20 épisodes à Dhar Mann Studios (21 août ; format, plateforme et montant non communiqués ; cible enfants, préadolescents, adolescents et familles). Deuxième major en huit mois après les 40 titres commandés par Fox avec Holywater en janvier, et les droits restent chez le producteur. Sujet déjà traité dans le #44, donc suite logique plutôt qu’événement. Disney n’a pas dit « vertical ».
D23 : Disney fait payer jusqu’à 2 599 dollars le billet de sa convention de fans. D23, c’est le rendez-vous où le studio annonce ses prochains films et séries. Le programme, c’est donc de la promotion. Et ces mêmes annonces sont diffusées gratuitement sur Disney+ et Hulu le même week-end. Disney facture l’accès physique à son propre argumentaire commercial pendant qu’il en donne le contenu à tout le monde.
Dish : 8,8 milliards de dollars de réclamations de créanciers sur Boost Mobile. Ce qui menace Sling TV est au bilan de la maison mère.
On suit : Paramount et le procureur général de Californie se réunissent pour discuter d’un règlement. Le #50 a posé le calendrier, procès du 2 au 19 mars 2027. Rien n’est signé.
On se quitte là-dessus
En juin, dans le #47, j’écrivais que quatre couches de tuyauterie avaient changé de main en une semaine. C’était une intuition. Cette semaine elle a un chiffre : 67 %.
Les limites, maintenant. Ces 67 % des entrées ne sont pas 67 % du marché : c’est un panel qui mesure ce qu’il sait facturer, et qui rate ceux qui vendent en direct. Trois des cinq services rentables ne doivent rien au direct. Et personne ne sait ce que vaudra vraiment une vue YouTube à partir de lundi, moi compris. Le fil de ce numéro tient debout. Il n’est pas démontré.
Ce qui est sûr, en revanche. Ils ont fini par gagner de l’argent, tous, le même trimestre, six ans après. Et pendant qu’ils fêtaient ça, trois d’entre eux ont arrêté de dire combien ils ont de clients, une autre plateforme a redéfini l’unité qui sert à les compter, et deux nouveaux abonnements de niche sur trois sont passés par la caisse de quelqu’un d’autre.
Ce que je cherche en ce moment
Rien à voir avec ce numéro. Trois chantiers ouverts, un trou dans chacun. Si vous avez quelque chose, répondez à ce mail, ça tombe dans ma boîte et je lis tout.
Les chaînes permanentes de créateurs. J’ai recensé les 98 chaînes de la catégorie Always On de Twitch et 85 flux comparables sur YouTube. Deux trous. Je ne trouve pas ce qui a déclenché l’afflux de 2026, et Twitch ne publie pas son taux de partage. Si vous en opérez une, je veux savoir avec quel outil et ce que ça rapporte.
Le FAST comme métier. La technique a gagné, tout le monde fait du linéaire gratuit. Le métier a disparu des organigrammes. Si vous avez encore FAST dans votre intitulé de poste, dites-moi ce que vous faites de vos journées. Si vous l’aviez et que vous ne l’avez plus, ça m’intéresse davantage.
Le vertical drama vu du plateau. Je prépare un texte sur ce que le format coûte à ceux qui le fabriquent. J’ai des budgets, des durées de tournage et des tailles d’équipe. Il me manque les tarifs, et ce qu’ils sont devenus depuis juin. Scénaristes, comédiens, équipes : sans être cité si besoin.
Et l’IBC ouvre le 11 septembre à Amsterdam. Je n’y serai pas. Si vous y annoncez quelque chose, envoyez-le-moi, je le chronique.
Ludovic Bostral. 25 ans de streaming : M6 Replay, Afrostream (Y Combinator S15), Majelan,. Analyste indépendant, fondateur de Streaming Radar.
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