Streaming Radar #38 - On n’achète plus Netflix en direct. Walmart et Schwarz copient Amazon. Globecast a déjà migré. Trois signaux entre StreamTV et NAB.
Bango 37% des subs US via tiers + Roku 3ème à 100M à StreamTV Europe. Rachat SFR à 20 Md€. Migration satellite vers IP forcée par le C-Band sunset. Le streaming redevient cable.
Avant-propos NAB. Le NAB Show est en cours cette semaine à Las Vegas, show floor jusqu’à mercredi. Si vous y êtes et voyez quelque chose qui mérite un debrief, écrivez-moi à contact@streaming-radar.com ou bookez un call sur bostral.com/call. Vos retours terrain seront cités dans le debrief SR #39.
TL;DR
StreamTV Europe (13-15 avril) : le rapport Bango Subscription Signals 2026 mesure la bascule sur deux volets. 37% des abonnements US passent par des tiers (42% UK, 48% Gen Z done avec le standalone), et 36% accepteraient le double de pubs pour un prix plus bas (vs 78% qui refusaient en 2024). Pub, bundle, distribution indirecte. Le streaming redevient du cable.
Le même jour, Reed Hastings annonce qu’il quitte le board de Netflix en juin 2026, 29 ans après l’avoir co-fondé. Le type qui a disrupté le cable sort au moment où Netflix est redevenu ce qu’il voulait tuer : pub dans l’abonnement, bundle telco, distribution tierce, M&A consolidation. Le 36% n’est pas un signal faible, c’est le signal que le modèle broadcast gagne.
Retailers construisent leur stack Amazon complet : Walmart Connect (3,4 Md$ ad revenue Q4 2024 +33%) + Vizio SmartCast, Schwarz Group (Lidl Plus 40-45M users + Schwarz Media + StackIT + MVNO 1GLOBAL 80M$ vers US/UK/FR/ES). En France, vente de SFR le 17 avril pour 20,35 Md€ (4 opérateurs à 3), tous les MVNO retailer historiques (Réglo/Leclerc depuis 2007, Auchan, La Poste) doivent renégocier. Et Amazon verrouille la connectivité : rachat Globalstar 11,6 Md$, lancement Amazon Leo mi-2026 (Delta, AT&T, Vodafone, NASA déjà clients).
NAB en cours cette semaine : le sujet qui n’aura pas les titres des previews, c’est la migration satellite vers IP forcée par le C-Band sunset de 2027. Chris Pulis (CTO Globecast) a posté jeudi la phrase de la semaine. Eutelsat OneWeb débarque au NAB avec une démo “Field to Air” qui est la vraie fierté française du show. Si vous y êtes, écrivez-moi.
StreamTV Europe vient de se terminer, 13 au 15 avril, environ 1 000 participants. Un rapport a dominé les couloirs et les panels : Bango Subscription Signals 2026. Les deux chiffres qui ont tourné partout, ensemble : 37% des abonnements américains passent désormais par des tiers (employeurs, opérateurs mobiles, retailers, bundles) et 36% des Américains accepteraient le double de pubs pour un prix plus bas, contre 78% qui refusaient la pub il y a deux ans. Pris séparément, chacun signale un déplacement. Pris ensemble, ils dessinent un retour très clair au modèle cable : pub, bundle, distribution indirecte. 42% au Royaume-Uni sur les deux axes. 48% des Gen Z américains done avec le standalone. Les générations qui arrivent ne connaîtront pas l’abonnement direct sans pub comme norme.
C’est le même phénomène, à d’autres étages, qu’Amazon rachetant Globalstar il y a quelques jours. Que Chris Pulis, CTO de Globecast, annonçant jeudi soir sur LinkedIn que son entreprise a éliminé près de 100 antennes satellite en deux ans. Que LIDL préparant son MVNO en France pour 2027. Trois couches, une même désintermédiation. Quelqu’un d’autre s’interpose entre le service et le spectateur, entre l’opérateur et l’abonné, entre le broadcaster et sa zone de diffusion. Ce qu’on appelait encore “direct-to-consumer” il y a cinq ans devient une catégorie minoritaire.
1. StreamTV Europe : le rapport Bango et le départ de Hastings
Le chiffre Bango
Le rapport Bango Subscription Signals 2026 est une étude 3Gem sur 4 000 consommateurs US et UK, menée en janvier 2026 et publiée en avril. Bango le cadre “The Great Disconnect”. Le constat prend deux formes qui, lues ensemble, racontent la même histoire : le streaming redevient du cable.
Volet 1. La distribution bascule sur le rail tiers.
37% des souscriptions US passent déjà par des tiers (1,9 abonnements indirects sur une moyenne de 5,2). Principaux canaux : employeurs 35%, mobile 34%, retailers 25%.
UK : 42% (2,2 sur 5,7). Les Britanniques vont plus vite.
31% des Américains se disent done avec les abonnements standalone. Gen Z : 48%. 48% des Américains et 55% des Gen Z attendent désormais que les abonnements soient inclus dans leur forfait internet, TV ou mobile (Millennials : 58%).
62% US plus loyaux à un telco qui les aide à économiser, 51% changeraient d’opérateur pour un discount streaming. UK : 71% / 58%.
Volet 2. La pub redevient la norme tarifaire.
36% des Américains accepteraient le double de pubs pour un prix plus bas. En 2024, 78% refusaient la pub dans leurs abonnements payants. Renversement en deux ans.
UK : 42%. Millennials UK : 50%. Gen Z US : 49%. Millennials US : 46%.
Par plateforme d’abonnement, l’acceptation varie : Apple TV 52%, Disney+ 48%, HBO Max 47%, Netflix 44%, Amazon Prime Video 40%.
Américains : 5,2 abonnements en moyenne, 69 dollars par mois. UK : 5,7 abonnements, 68 livres (90 dollars).
Volet 3. La loyauté aux plateformes s’effondre.
59% des Américains sont loyaux à la série, pas au service. 60% au UK.
37% des Américains ne se rappellent plus sur quel service ils ont regardé une série. Chez les Gen Z et Millennials, 46% des deux cohortes oublient.
Au UK, seulement 18% savent que Game of Thrones et House of the Dragon sont sur HBO Max. 25% croient que c’est Netflix. Plus de la moitié (54%) se trompent de plateforme.
Les trois volets forment une image cohérente : le subscriber direct, celui qui ouvre votre app, entre sa carte bleue et reste trois ans, devient minoritaire. À sa place émerge un subscriber savvy qui shoppe les deals, accepte la pub, accède via bundle, et ne se souvient pas quelle plateforme héberge sa série préférée. C’est exactement le profil du téléspectateur cable des années 1990-2000 : distribution par l’opérateur, financement mixte pub+abonnement, loyauté à la chaîne ou à la série, pas au câblo-opérateur. Les cohortes qui arrivent (48% des Gen Z done avec le standalone) ne connaissent que ce monde-là.
En 2026, on n’arrive plus par le catalogue. On arrive par le rail. Et la facture se paye en pub plus qu’en carte bleue pleine.
Bonus institutionnel. Roku a fait deux annonces alignées la même semaine. Le 13 avril, un 8-K SEC qui sépare son segment “Platform” en deux catégories comptables distinctes à partir du Q1 2026 : Subscriptions ($1,817.1M en 2025) et Advertising ($2,327.8M), pour un Platform total de $4,144.9M. La distribution d’abonnements tiers (Roku revend des subs Paramount+, HBO Max, Apple TV+, Howdy, Frndly TV, avec commission sur chaque transaction) devient une catégorie comptable autonome. Le 16 avril, communiqué officiel qui passe un cap : 100 millions de foyers streaming dans le monde (comptes distincts ayant streamé sur 30 jours), plus de la moitié des foyers broadband aux États-Unis. Les deux annonces empilées donnent à Roku la position d’agrégateur comptable de la désintermédiation streaming : 100M foyers qui passent par son rail pour accéder à leurs abonnements, avec les revenus de distribution désormais en catégorie comptable dédiée. Wall Street va suivre les deux flux séparément. La désintermédiation quitte les PowerPoint d’analystes pour entrer dans les 10-K.
Petit contexte qui relativise la grande pompe. Roku arrive 3ème à 100M en 11 mois. Tubi l’a passé en mai 2025 (annonce à Cannes Lions), Samsung TV Plus en janvier 2026 (annonce au CES). Trois métriques pas comparables : Samsung et Tubi comptent en MAU (utilisateurs actifs mensuels), Roku en foyers streaming (comptes distincts qui streament sur 30 jours). La métrique Roku est plus serrée sur la méthodo. Mais le “defining moment” version Anthony Wood reste la 3ème arrivée à la fête.
Coda : Hastings quitte Netflix au moment où Netflix redevient ce qu’il voulait tuer
Il y a un signal de la semaine dernière que Bango ne mesure pas directement, mais qui éclaire tous ses chiffres. Le 16 avril, pendant que le rapport Subscription Signals 2026 circulait à StreamTV Europe, Netflix a annoncé dans son investor letter Q1 que Reed Hastings ne se représenterait pas au board à l’assemblée générale de juin 2026. 29 ans après avoir co-fondé l’entreprise en 1997. 25 ans comme CEO. Départ officiellement “to focus on his philanthropy and other pursuits”.
Regardez le calendrier. Hastings avait construit Netflix contre le cable américain : streaming pur, direct-to-consumer, pas de pub, pas de bundle, pas de distribution par des tiers, pas de grosse M&A de studio comme Amazon/MGM en 2022 ou Paramount Skydance/WBD pour 111 milliards signée en février 2026. Le modèle qui devait rendre obsolète le broadcast ad-supported des années 1950-2010.
En 2026, tout s’est inversé. Netflix a lancé son tier avec pub en novembre 2022, et d’après la lettre aux actionnaires Q1 2026 de Netflix, il représente désormais plus de 60% des nouveaux sign-ups dans les pays où il est disponible, avec plus de 4 000 annonceurs (70% de croissance sur un an). Il a signé des bundles avec Verizon, Orange, T-Mobile, Canal+. Il a tenté de racheter Warner Bros Discovery pour 82,7 milliards de dollars en janvier 2026 avant de perdre face à Paramount Skydance en février (SR #32). Et maintenant Bango mesure que 36% des Américains acceptent le double de pubs pour un prix plus bas, que 37% passent déjà par des tiers, que 48% des Gen Z sont done avec le standalone.
Le 36% d’acceptation pub n’est pas un signal faible. C’est une équation tarifaire : moins de 10 euros avec pub contre plus de 20 sans. Le streaming avait voulu tuer le modèle broadcast (pub, bundle, distribution indirecte, M&A). En 2026, il y revient par tous les étages simultanément. Et Reed Hastings, qui s’était construit contre le cable, sort au moment où Netflix est redevenu du cable. Bonne question de dîner : le cable, avec pub et bundle, n’était-il pas tout simplement le modèle le plus profitable ?
Bonus data Omdia : V (Hisense, ex-VIDAA) va dépasser LG webOS en shipments TVOS en Europe en 2026 (keynote Rua Aguete à StreamTV Europe), et CastOS passe de 6,5M à 15M d’unités en Amérique du Nord entre 2025 et 2029 en remplaçant Roku sur les Onn. Confirmation directe de SR #34.
2. De M6 Mobile 2005 à Walmart 2026
Quand je suis arrivé à M6 Web en 2007, 80% du chiffre d’affaires de la filiale digitale venait de M6 Mobile by Orange. Partage de revenus sur les nouveaux abonnés, plus la vente additionnelle de sonneries et de contenus mobile. Oui, des sonneries. C’était ça, le modèle économique principal de la partie digitale d’un des plus gros broadcasters français, trois ans avant l’App Store.
M6 Mobile by Orange avait été lancé en juin 2005 par accord de licence de marque, visant les 15-25 ans. Un million d’abonnés atteint en juillet 2007 avec un an d’avance sur l’objectif, 2,8 millions en décembre 2013. Arrêté en mai 2016 quand Orange a internalisé les abonnés dans Sosh. Ce qu’on appelle aujourd’hui “retail media” ou “retailer-as-platform”, un broadcaster français le faisait déjà en 2005 avec un opérateur. Le modèle n’a pas disparu parce qu’il ne fonctionnait plus. Il a disparu parce qu’Orange a voulu tout internaliser.
Côté grande distribution française, même histoire. Réglo Mobile (Leclerc, novembre 2007, 600 000 abonnés, réseau SFR) a ouvert la marche. Auchan Telecom, NRJ Mobile, Cdiscount Mobile, La Poste Mobile ont suivi. Tous hébergés sur SFR. 20 ans de MVNO retailers. Au Royaume-Uni, Tesco Mobile, 6 millions d’abonnés. Au Mexique, Walmart opère Bait avec 18 millions de SIM revendiquées (8,4 millions en lignes actives IFT, le reste en dormantes). Ce ne sont plus des expériences.
Et c’est là que le 17 avril 2026 devient le séisme de la semaine pour la France. Altice France est entré en négociations exclusives avec Bouygues, Free et Orange pour vendre SFR à 20,35 milliards d’euros. Exclusivité jusqu’au 15 mai. Le marché passerait de 4 à 3 opérateurs pour la première fois depuis 2012. Implication directe : tous les MVNO retailer hébergés sur SFR doivent renégocier leur rail avec l’un des trois repreneurs. L’eSIM arrive en catalyseur, Prixtel et YouPrice ayant migré les premiers, Réglo et Auchan Telecom toujours sur carte plastique. Pour un retailer qui voudrait relancer une offre MVNO en 2027, la fenêtre s’ouvre.
Mais le MVNO n’est qu’une brique. Le vrai sujet, c’est que Walmart et Schwarz construisent chacun leur stack Amazon complet.
Walmart Connect a généré 3,4 milliards de dollars d’ad revenue au Q4 2024, +33% YoY. Le rachat Vizio à 2,3 milliards en 2024 a donné SmartCast (19 millions d’accounts), l’ACR data, et l’inventaire pub CTV. Cadrage interne Walmart : “a scaled alternative to Amazon”. Ils construisent leur équivalent du Amazon Marketing Cloud.
En Europe, Schwarz Group (LIDL + Kaufland) construit la version européenne. Lidl Plus : 40 à 45 millions d’utilisateurs actifs en 2024. Schwarz Media, bras retail media du groupe, a ouvert en 2023 un partenariat avec The Trade Desk pour activer sa shopper data en CTV et DOOH. Cloud propriétaire StackIT. Expansion MVNO vers US, UK, France et Espagne via un deal de 80 millions de dollars avec la plateforme eSIM 1GLOBAL. Le retail media européen passe de 7,9 milliards d’euros en 2021 à 25 milliards projetés en 2026 selon IAB Europe. Group M prédit que retail media dépassera la TV ad revenue d’ici 2028.
Pendant que Walmart et Schwarz copient la recette, Amazon verrouille la dernière couche manquante : la connectivité. Rachat Globalstar pour 11,6 milliards de dollars le 14 avril, prime de 117% vs cours fin octobre. Globalstar, c’est le provider derrière le SOS satellite des iPhone et Apple Watch. Amazon Leo (ex-Project Kuiper) lance commercialement mi-2026. Clients beta : Delta Airlines (500 avions d’ici 2028), AT&T, Vodafone, NBN australien, NASA.
Amazon emballe désormais connectivité satellite, téléphone, Prime, catalogue vidéo, Whole Foods, retail media et paiements dans une relation unique avec le foyer. Ça s’appelle un telco. Et pas n’importe lequel : un telco qui possède aussi le contenu et la boutique. Le cable américain faisait pareil à l’échelle régionale dans les années 90. Là on y revient à l’échelle mondiale, retailers et hyperscalers aux manettes. M6 Web en 2007 livrait 80% de son CA via un partenariat telco. Vingt ans plus tard, les retailers construisent le stack complet en passant. Ce qui compte maintenant, ce n’est plus qui vend le catalogue. C’est qui facture la ligne, à travers combien de couches, et avec quelle data first-party derrière. SR #34 sur V et le stack CTV du reste du monde, SR #36 sur la Smart TV cheval de Troie : les incumbents du streaming n’ont plus la main sur les rails.
3. NAB 2026 : ce qu’on va voir au show, et ce que Globecast fait déjà
Pendant que StreamTV Europe nommait le problème côté subscriber, le NAB va essayer de vendre la solution côté infrastructure. NAB Show 2026 est en cours cette semaine (conférences depuis samedi 18 avril, stands ouverts jusqu’à mercredi 22). Exposants notables : AWS, Blackmagic, Google, Microsoft, Sony. Partenariat The Ankler pour un programme de trois jours sur les deals et la M&A côté media.
La plupart des previews vont lister les quatre dossiers officiels : Sports Summit sur quatre jours, AI Innovation Pavilions (agents IA pub analysés dans SR #33), Creator Lab étendu dans le Central Hall, et les démos AWS Elemental Inference (conversion live 16:9 vers 9:16 en 6 à 10 secondes, premiers clients Fox Sports et NBCUniversal).
Tout ça va remplir les unes. Le vrai dossier est ailleurs.
Le dossier : satellite vers IP, forcé par l’extinction du C-Band
Jeudi dernier, à la veille du salon, Chris Pulis, directeur technique de Globecast, a posté sur LinkedIn une phrase qui dit tout ce qu’il y a à dire sur la semaine qui commence :
“Many companies at NAB this year will tell you they can migrate your satellite distribution to IP. Ask them if they’ve done it successfully for themselves.”
En clair : beaucoup d’entreprises vont vous expliquer au NAB qu’elles peuvent migrer votre distribution satellite vers l’IP. Demandez-leur si elles l’ont déjà fait pour elles-mêmes.
Globecast a éliminé près de 100 antennes satellite en deux ans. Sites refaits à Paris, Londres, Singapour, Johannesburg, plus un nouveau site à Westlake Village. Tout ça sans jamais interrompre le service pour les clients, 24h/24. Quand l’ancien évangéliste du satellite devient l’évangéliste de la migration, c’est que la migration est structurelle, pas conjoncturelle. Pulis l’a dit plus directement dans une interview à NewscastStudio : ceux qui attendent une fenêtre de migration propre et prévisible vont se retrouver à courir après les autres.
Le déclencheur réglementaire s’appelle le C-Band sunset, c’est-à-dire l’extinction programmée de la bande C. La bande C, c’est la fréquence satellite qu’utilisent les diffuseurs américains depuis des décennies pour livrer leurs chaînes aux affiliés et aux câblo-opérateurs. La FCC a voté en novembre 2025 un projet de règlement (Notice of Proposed Rulemaking) qui prépare la vente de 100 à 180 MHz de la partie haute de la bande C aux opérateurs 5G, avec une mise aux enchères mandatée par le Congrès avant le 4 juillet 2027. 20 000 stations de réception au sol aux États-Unis sont concernées. Contrairement à la réattribution partielle de 2023 sur la partie basse, il ne restera pas assez de spectre pour continuer comme avant. Certains diffuseurs devront sortir complètement de la bande C.
Résultat : les diffuseurs américains ont 18 mois pour décider comment ils distribuent leur contenu après le C-Band. IP par voie terrestre, satellite alternatif (bande Ku, constellations en orbite basse), fibre, ou combinaison des trois. Hive Group a publié avant le salon un livre blanc intitulé “No Safe Harbor” (littéralement “aucun refuge sûr”) qui dit l’essentiel dans le titre. Aucun diffuseur majeur ne prévoit une bascule nette vers un seul remplaçant. Tous sont en modèle hybride. Pulis arrive au NAB avec cette thèse, et l’argument massue que Globecast l’a déjà faite pour lui-même.
Starlink et Eutelsat OneWeb : deux LEO, deux conversations très différentes
Côté satellites en orbite basse, Starlink est devenu en 2026 un outil de diffusion utilisable. Pas magique, utilisable, avec les réserves techniques habituelles : il faut agréger plusieurs flux pour gérer les micro-coupures liées aux passages entre satellites, le brut ne tient pas la qualité de diffusion. Les cas d’usage documentés se concentrent sur les environnements où les réseaux cellulaires saturent (événements sportifs, rassemblements de spectateurs téléphone en main), en combinant Starlink Mini et agrégation cellulaire via des boîtiers type TVU, Dejero ou LiveU. Rien d’extraordinaire en 2026, mais une alternative qui n’existait pas il y a trois ans et qui fonctionne maintenant avec les bons outils d’orchestration.
Et la bonne nouvelle côté souveraineté, c’est que la seule constellation commerciale en orbite basse non-américaine en service pour la diffusion est franco-britannique. Eutelsat OneWeb, siège à Paris, fusion finalisée en septembre 2023 entre l’opérateur satellite français historique Eutelsat et la constellation OneWeb. Depuis la levée de fonds de juillet 2025, le plus gros actionnaire est l’État français via l’APE (29,65%), devant Bharti Space (17,88%, Inde), le gouvernement britannique via DSIT (10,89%), CMA CGM (7,46%) et le Fonds Stratégique de Participations (4,99%). Hanwha a cédé ses 5,4% en juin 2025. La France est devenue majoritaire de fait sur la seule alternative crédible à Starlink en orbite basse commerciale.
Eutelsat OneWeb arrive au NAB 2026 avec une démo sur plusieurs stands baptisée “Field to Air”, chaîne complète de remontée du direct (LEO + cellulaire + agrégation) orchestrée avec Dejero. Et surtout DVB-NIP, leur technologie de distribution satellite nativement IP, pari pour remplacer le C-Band sans changer de rail chez les opérateurs qui veulent rester sur du satellite.
C’est la partie qu’on ne verra pas à la Une des couvertures NAB. C’est probablement celle qu’on relira en 2030.
Conclusion
StreamTV Europe a acté une chose : l’abonnement direct est devenu minoritaire, bundle et distribution tierce sont la route principale. Le streaming revient au modèle broadcast qu’il voulait tuer, et Reed Hastings sort du board. Le NAB ouvre la question technique : comment on produit, distribue, mesure et sécurise cet abonné qui ne passe plus par la porte d’entrée. Pendant ce temps, le débat français tourne autour de “comment réguler YouTube”. On pourrait aussi regarder le rachat de SFR à 20 milliards d’euros, Schwarz Group qui copie Amazon à l’européenne, Walmart qui mange Vizio, Amazon Leo qui lance mi-2026, Eutelsat OneWeb majoritairement français. Cinq objets qui vont frapper le foyer français entre 2027 et 2029, sans attendre qu’on ait fini de rédiger les décrets.
Mes positions Q2/2026
📈 Long : infrastructure d’accès indirect (bundle telco, MVNO retailer, satellite LEO commercial) comme canal principal d’acquisition streaming. Ce n’est pas un hack, c’est la route principale.
📈 Long : agents IA pub CTV comme couche d’infrastructure structurante 2026-27. NAB de cette semaine devrait confirmer.
📈 Long : Eutelsat OneWeb + DVB-NIP comme seule alternative non-US à Starlink en broadcast critique.
📉 Short : le subscriber direct comme KPI de croissance pour les SVOD historiques. La métrique à suivre est désormais “part indirect / part direct” dans le mix d’acquisition.
❓ Wait and see : ce qu’AWS, Google et Microsoft annoncent cette semaine sur l’IA générative vidéo après la mort de Sora (analysée dans SR #35). Le terrain est vacant depuis que Disney a retiré son milliard et qu’OpenAI pivote vers la robotique. Qui le prend ?
Ludovic Bostral est consultant freelance en data intelligence et IA pour les acteurs du streaming et de l’OTT. Il publie Streaming Radar, newsletter hebdomadaire et podcast, et opère Streaming Lens, plateforme de rapports B2B (Vertical Invasion 2026, Africa Streaming 2026, Piracy & Streaming 2026). Y Combinator alumni, Afrostream S15. Bookez un call.


