Streaming Radar #28 - YouTube rafle les Oscars et 1000h de contenus français : bienvenue dans la nouvelle télé
De Hollywood (Oscars exclusifs 2029-2033) aux broadcasters français (CMA Media), YouTube aspire le premium. HBO Max ressuscite le linéaire. Disney+ importe TikTok dans son app. Twitch devient l'arme C
TL;DR
YouTube aspire tout le premium : Oscars exclusifs 2029-2033 (17 décembre) + CMA Media/BFM/RMC/Brut 1000h/an (9 janvier) + deal Verizon + genre packs sport 2026 — YouTube devient l’infrastructure TV incontournable
HBO Max ressuscite le linéaire : Chaînes live HBO in-app depuis décembre 2024, chaînes curées Friends/Harry Potter depuis décembre 2025 — on avait loupé l’info, ça confirme “La Dimension Interdite”
Disney+ passe au vertical : CES 2026 confirme le déploiement US courant 2026 — news, sports, clips, originaux courts pour devenir “destination quotidienne”
Twitch devient le joker CTV d’Amazon : Pitch deck décembre 2025 — 74.3 min/visite vs 23.3 min YouTube, intégration full Prime Video/Fire TV
Vous savez ce qui est drôle ? On passe dix ans à enterrer la télé linéaire, et la voilà qui revient par la fenêtre streaming. HBO Max qui ajoute des chaînes live dans son app. Disney+ qui lance des canaux curés. Même Criterion Channel s’y met. Le CES 2026 vient de se terminer, et le message est clair : le “lean back” a encore de beaux jours devant lui.
Cette semaine confirme aussi que YouTube n’est plus une alternative à la télé — c’est la télé. Le 17 décembre, ils raflent les Oscars (droits exclusifs 2029-2033). Le 9 janvier, CMA Media (BFM/RMC/Brut) leur confie 1000 heures de contenus. Entre les deux, deal promo Verizon, renouvellement Newsmax, annonce des genre packs sport. Le pattern devient limpide : YouTube aspire le contenu premium à une vitesse folle.
Pendant ce temps, Amazon sort Twitch de son placard gaming pour en faire une pièce maîtresse CTV, et Disney prépare son virage vertical. Cinq signaux, une même direction : la guerre des écrans d’accueil s’intensifie, et tout le monde cherche le bon équilibre entre engagement actif et consommation passive.
NB : au fait Streaming Radar est aussi sur Youtube : https://www.youtube.com/@streamingradar/
📺 HBO Max : le linéaire qu’on avait enterré trop vite
Petit mea culpa pour commencer. Dans “La Dimension Interdite” du 30 décembre, on analysait comment l’IA automatisait les chaînes FAST et comment Disney+ lançait ses canaux curés. Ce qu’on avait loupé : HBO Max avait déjà dégainé un mois plus tôt.
Le 4 décembre 2024, Warner Bros. Discovery lançait discrètement un onglet “Channels” dans Max (rebaptisé HBO Max depuis l’été 2025). Cinq chaînes linéaires HBO — le flagship, HBO2, HBO Signature, HBO Comedy, HBO Zone — diffusées en simulcast dans l’app. Comme au bon vieux temps du câble, sauf que c’est dans votre app streaming.
IndieWire résumait bien le truc : “One shocking discovery all the biggest streaming services have made in the past few years is that while consumers don’t like paying for cable, they do like live TV.” Traduction : on déteste payer le câble, mais on adore qu’on nous dise quoi regarder.
Un an plus tard, le 12 décembre 2025, HBO Max ajoutait des chaînes curées thématiques : Friends 24/7, Harry Potter, Sex and the City, True Crime, World of Westeros, Big Bang Theory, Rick and Morty... Liesel Kipp, EVP Product chez WBD, explique : “For moments when users want a steady stream of programming without having to decide what to watch.” La fameuse “decision fatigue” du streaming.
Ça confirme exactement ce qu’on écrivait dans “La Dimension Interdite” : le linéaire n’est pas mort, il mute. Les plateformes SVOD réinventent le câble — sans le câble. HBO Max propose du lean-back curé par algorithme. Disney+ fait pareil. Criterion Channel aussi. La boucle est bouclée.
Pour ceux qui ont connu l’ère pré-streaming, c’est savoureux. On a passé quinze ans à expliquer que l’avenir c’était le choix, la liberté, le “watch what you want when you want”. Et maintenant ? Les mêmes plateformes recréent des grilles de programmes. Comme quoi, parfois, l’innovation c’est juste redécouvrir ce qui marchait.
📡 YouTube : l’aspirateur à contenus premium
L’accumulation des dernières semaines est vertigineuse. Le 17 décembre, YouTube rafle les Oscars — droits exclusifs mondiaux de 2029 à 2033, après 53 ans sur ABC. “The Oscars are one of our essential cultural institutions”, déclare Neal Mohan, CEO de YouTube. Traduction : on récupère le dernier grand rendez-vous de la télé linéaire américaine.
Le deal inclut la cérémonie, le tapis rouge, les coulisses, le Governors Ball, les nominations, le déjeuner des nommés, les Student Academy Awards... YouTube ne veut pas juste diffuser les Oscars, ils veulent en faire un “always-on content franchise”. Google Arts & Culture digitalisera même une partie de l’Academy Collection — 52 millions d’items, la plus grande collection cinéma au monde.
Deux semaines plus tard, le 9 janvier, CMA Media (BFM/RMC/Brut) signe un partenariat : 1000 heures de contenus par an, 30 formats originaux conçus pour YouTube, commercialisation pub partagée. Justine Ryst, DG YouTube France, parle de “destination où convergent tous les formats”.
Entre les deux, YouTube TV signe un deal promo avec Verizon ($20 de réduction mensuelle pendant 6 mois), renouvelle Newsmax jusqu’en 2026+, et annonce des genre packs sport pour 2026 suite à l’accord Disney. En parallèle, petit dommage collatéral : YouTube rompt avec Billboard le 17 décembre, fin du partenariat data après 10 ans de désaccord sur la pondération ad-supported vs abonnement.
Pour un Français, imaginez Leclerc qui décide de vendre ses produits chez Carrefour parce que c’est là que les clients vont — mais en gardant la marge. C’est exactement ce que fait CMA Media. YouTube a 43 millions d’utilisateurs mensuels en France, on ne peut plus faire sans.
Le mantra “YouTube is the new television” qu’on trackait depuis SR #9 devient réalité éclatante. Les Oscars, c’était le dernier bastion broadcast. En trois semaines, YouTube a signé Hollywood (Oscars), les broadcasters français (CMA Media), et consolidé ses accords télécoms (Verizon). Google ne se bat plus sur le hardware — ils aspirent le contenu.
📱 Disney+ : TikTok dans le salon
L’annonce au CES 2026 était dans les tuyaux depuis le test ESPN “Verts” d’août 2025. Deadline confirme : Disney+ déploiera des vidéos verticales aux États-Unis courant 2026. Objectif : devenir une “must-visit daily destination”.
C’est la suite logique de ce qu’on observe depuis SR #9 sur le vertical drama. Sauf que Disney ne fait pas du ReelShort low-cost — ils importent les codes TikTok dans leur app premium. Erin Teague, EVP Product Management, résume : “Everything’s on the table” — originaux courts, clips repurposés des réseaux sociaux, scènes extraites de films/séries, news ESPN et ABC.
La cible ? Gen Z et Gen Alpha, “qui ne sont pas enclins à regarder du long-form sur mobile pendant des heures”. Disney veut que tu ouvres l’app tous les jours, pas juste le samedi soir pour un Marvel.
Marketing Brew note que Disney lance aussi un outil de génération vidéo IA pour les pubs. La convergence vertical + IA pub + données Disney Compass dessine une machine d’engagement sophistiquée. Netflix avait son feed vertical depuis 2025 ; Disney répond en ajoutant news et sports dans la boucle.
Quand j’étais chez M6 en 2008, on commençait à peine à réfléchir multi-écrans web/mobile/IPTV. Le vertical était un accident de tournage, pas un format. Aujourd’hui c’est un standard de production. Les temps changent, et j’avoue que ça me fait un truc de voir Disney importer les codes TikTok dans son app flagship.
🎮 Twitch : le joker CTV qu’Amazon gardait sous le coude
Le pitch deck Amazon DSP de décembre 2025 est révélateur. Twitch, quasi-absent des upfronts 2024, devient soudain “defining asset” de l’offre CTV Amazon. Dix ans après l’acquisition, Amazon découvre qu’il avait un trésor dans son garage.
Les chiffres du deck parlent : 74.3 minutes par visite en moyenne sur Twitch. Contre 23.3 min pour YouTube, 8.6 min pour TikTok, 5.8 min pour Snapchat. L’engagement est sans comparaison. Et 70% de l’audience sont des millennials et Gen Z adultes — exactement la démographie que les annonceurs peinent à atteindre ailleurs.
L’intégration technique change aussi. SureStream, la techno propriétaire Twitch, stitche les pubs directement dans le flux vidéo. non désactivable, visible immédiatement à l’écran (sans scroll, et — détail qui tue — contourne les ad blockers desktop (même si…) . Les publicités diffusées sur Twitch sont désormais gérées dans le même outil qu’Amazon Prime Video et Fire TV. Cela permet aux annonceurs de mieux cibler leurs campagnes grâce aux données d’Amazon, et de mesurer plus précisément l’impact réel des publicités sur les ventes ou les actions des utilisateurs.
Digiday note qu’Amazon se positionne comme “proof layer for TV spend”. Traduction : vous voulez savoir si vos pubs TV marchent ? On peut vous dire qui a vu la pub et qui a acheté sur Amazon ensuite. Ça, c’est un argument massue face à Nielsen.
Amazon contrôle désormais >10% du marché CTV US 2026, aux côtés de YouTube (~12%) et Disney (>10%). Un tiers du marché pour trois acteurs. Twitch, longtemps traité comme le cousin bizarre qui joue aux jeux vidéo dans son coin, devient pièce centrale de cette bataille.
🇫🇷 M6 : la régie devient self-service (et valide mon pari SR #27)
Côté français, une annonce qui valide le pari qu’on faisait dans SR #27 sur l’automatisation pub. J’avais prédit que 50% de la pub CTV serait automatisée par IA fin 2026 — M6 vient de prouver que la France n’est pas en retard.
My6 accélère son pivot ad tech. La plateforme lancée en 2007 — j’étais encore chez M6, on était loin d’imaginer ça — affiche un CA via achat spots automatisé en hausse de 25% en 2025, des utilisateurs mensuels multipliés par 15 en deux ans.
Les nouveautés 2026 : SmartSelect pour sélectionner les spots en un clic, achat “spot à spot” autonome prévu courant 2026. My6 Entreprise cible les TPE-PME avec parcours 100% self-service : création compte, simulation, production créa assistée IA, paiement CB, bilan.
“Ce qui se faisait par téléphone ou email devient self-service”, résume Maxime André, Dir Marketing M6 Unlimited. C’est exactement ce que je décrivais dans SR #27 : ce qui nécessitait un media buyer, un trafficker et trois allers-retours Excel se fait maintenant en self-service. PubMatic affichait 192% de ROI sur l’automation 100% côté US — M6 applique la même logique en France. Le boulanger du coin pourra bientôt acheter un spot M6+ depuis son téléphone.
🔮 Conclusion
Cette semaine dessine un paradoxe fascinant. D’un côté, le linéaire revient en force — HBO Max, Disney+ réinventent la grille de programmes. De l’autre, le vertical explose — Disney importe TikTok, Netflix a son feed, les broadcasters produisent pour le scroll.
Côté distribution, YouTube devient l’infrastructure incontournable que les broadcasters traditionnels alimentent désormais directement — Oscars inclus. Amazon révèle que Twitch était un asset CTV tout du long. Et côté pub, l’automatisation self-service débarque même en France, validant le pari SR #27 sur les agents IA qui remplacent les media buyers.
Le modèle “plateforme-produit” qu’on analysait dans SR #24 s’impose partout : être visible sur l’écran d’accueil vaut plus que la qualité intrinsèque du contenu. Les chaînes FAST pilotées par IA qu’on décrivait dans “La Dimension Interdite” deviennent le standard. Et le linéaire, qu’on avait enterré, ressuscite sous forme de playlists algorithmiques.
2026 commence sur ce constat : la télé n’est pas morte, elle s’est juste réincarnée. Dans des apps. Sur des téléphones. En format vertical. Et en playlist Harry Potter 24/7.
Ludovic est consultant. Passionné par l’innovation digitale, il accompagne plateformes et contenus dans l’optimisation de leurs offres SVOD, AVOD et FAST. Sur Streaming Radar, il décrypte les tendances de la tech et du business dans le secteur du Streaming et de l’OTT.



