Streaming Radar #23 : Le Grand Basculement Vers L’Hybride
Netflix à 45% ad-tier, AVOD/FAST +43% selon Comscore, Disney augmente (encore) ses prix : la SVOD pure devient un produit de luxe
TL;DR
• Netflix rate (à cause du Brésil) mais cartonne : 11,51B$ de revenus (+17%), business pub qui double, ad-tier à 45% des foyers US, free cash flow record à 9B$ - juste une charge fiscale brésilienne de 619M$ qui gâche le tableau
• Comscore lâche une bombe : +43% d’heures visionnées sur AVOD/FAST en un an, pendant que la SVOD pure plafonne à 10-15% - le marché a tranché
• Disney pousse vers la sortie premium : Troisième hausse de prix consécutive (+2 à 3$/mois) - quand ton abonnement Disney+ Premium passe à 18,99$, l’ad-tier à 11,99$ devient soudain très raisonnable
• Amazon marie basket et betting : NBA débarque sur Prime Video avec intégration FanDuel en temps réel - les sports live ne sont plus du simple contenu, ce sont des machines à CPM premium
• CNN rejoue CNN+ : 6,99$/mois pour de l’actu payante alors que ABC, NBC et CBS restent gratuits - spoiler alert : ça n’avait pas marché la première fois
Intro
La semaine 43 restera comme celle du grand basculement vers l’hybride. Netflix rate ses prévisions de bénéfices pour la première fois en six trimestres à cause d’une charge fiscale brésilienne inattendue de 619 millions de dollars, mais au-delà du bruit comptable, une réalité s’impose : le business publicitaire double, l’ad-tier atteint 45% des households américains, et le free cash flow record à 9 milliards annuels valide le pivot stratégique post-abonnés. Pendant ce temps, Comscore lâche une bombe : +43% d’heures visionnées sur AVOD/FAST en un an, contre à peine 10-15% pour la SVOD pure. Le marché a tranché.
Disney accélère cette migration forcée avec sa troisième hausse de prix en trois ans (+2 à 3 dollars par mois), créant un seuil psychologique qui pousse mécaniquement vers les tiers avec publicité. Amazon lance NBA sur Prime Video avec une innovation clé : l’intégration betting FanDuel qui transforme les sports live en machines à CPM premium. Et dans ce paysage en pleine mutation, CNN tente l’impossible - monétiser l’actualité à 6,99 dollars mensuels là où tous ses concurrents network restent gratuits.
Entre données d’audience qui confirment la fin de la SVOD pure, hausses de prix stratégiques, innovations tech sur les sports live et paris risqués sur les contenus premium, cette semaine 43 marque vraiment l’inflexion vers le modèle hybride dominant. Les cartes se redistribuent, et 2026 s’annonce comme l’année où la majorité des foyers américains seront en ad-supported. On fait le point.
💰 Netflix Q3 : Quand le Brésil Gâche une Fête Presque Parfaite
L’annonce a fait l’effet d’une douche froide mardi 21 octobre. Netflix rate ses prévisions de bénéfices avec un EPS à 5,87 dollars versus 6,97 attendu par Wall Street, envoyant l’action à -7% en after-hours. La cause ? Une charge fiscale brésilienne de 619 millions de dollars liée à un différend sur une taxe de 10% appliquée aux paiements effectués par des entités brésiliennes vers des opérations hors du pays. Un one-off qui n’était pas dans les forecasts et qui a réduit la marge opérationnelle de plus de 5 points.
Mais au-delà du bruit comptable, les fondamentaux restent solides. Les revenus atteignent 11,51 milliards de dollars, soit +17,2% en glissement annuel - exactement en ligne avec le guidance management. La marge opérationnelle tombe à 28,2% au lieu des 31,5% prévus, mais Netflix affirme qu’absent cette charge exceptionnelle, ils auraient battu leurs propres prévisions avec une marge ajustée à 33,6%. Le CFO Spence Neumann l’a d’ailleurs répété sur l’earnings call : “Ce n’est pas une taxe spécifique à Netflix, ni même au streaming. Et nous ne nous attendons pas à ce que cette affaire ait un impact matériel sur nos résultats futurs.”
Le signal vraiment fort de ce Q3, c’est le business publicitaire. Netflix confirme avoir enregistré son “best ad quarter ever” avec des engagements upfront américains qui ont doublé. L’ad-tier représente désormais 45% des households viewers aux États-Unis, contre 34% il y a un an - une progression de 11 points en douze mois. La plateforme affirme être sur la trajectoire pour doubler ses revenus publicitaires en 2025, certes depuis une base encore relativement petite, mais avec une confiance opérationnelle renforcée. La roadmap Q4 inclut le déploiement de nouveaux formats publicitaires générés par IA pour personnaliser le creative et les placements en temps réel.
Côté contenu, “KPop Demon Hunters” continue son règne avec 325 millions de vues - le film le plus regardé de l’histoire de Netflix. La plateforme vient d’annoncer des partenariats merchandising avec Mattel et Hasbro pour étendre la franchise au-delà du streaming. Le combat Canelo vs Crawford a attiré 41 millions de viewers live en septembre, confirmant l’appétit pour les événements sportifs one-shot. Et surtout, le free cash flow atteint 2,66 milliards au Q3, permettant à Netflix de rehausser son guidage annuel à environ 9 milliards (contre 8 à 8,5 milliards précédemment), grâce à une baisse des dépenses contenu et un timing de trésorerie favorable.
Le vrai pivot stratégique ? Netflix ne communique plus de chiffres d’abonnés depuis Q1 2025, forçant le marché à se concentrer sur l’engagement et les revenus par membre (ARM). Un changement qu’on suivait depuis le Streaming Radar #9 et qui se concrétise maintenant dans les résultats financiers. Avec un forward P/E à 47x, la valorisation reste tendue et nécessite une exécution parfaite, mais les fondamentaux - revenus +17%, FCF record, business pub qui double - prouvent que le modèle hybride fonctionne. Même avec une mauvaise surprise fiscale brésilienne.
📊 Comscore Confirme : AVOD/FAST Explosent, La SVOD Pure Décline
Le timing ne pouvait pas être meilleur. Pile une semaine après les résultats Netflix Q3, Comscore publie son “2025 State of Streaming Report” le 29 octobre, et les chiffres sont sans appel : les heures regardées sur AVOD et FAST channels ont bondi de +43% en glissement annuel, pendant que la SVOD pure plafonne entre 10 et 15% de croissance. L’étude confirme aussi que l’ad-tier de Netflix représente désormais 45% du trafic household américain - exactement le chiffre annoncé par Netflix dans ses earnings.
“Les consommateurs fuient vers des options plus abordables et plus simples,” explique Jen Carton, SVP Product Management chez Comscore. Le comportement d’usage bascule massivement : les FAST channels comme Pluto TV, Roku Channel et Samsung TV Plus captent une audience croissante en quête de gratuité sans engagement. Les ad-tiers des grands services SVOD (Netflix, Disney+, Prime Video) absorbent le churn des abonnements premium devenus trop chers. Le résultat ? Une redistribution complète du temps de visionnage qui favorise les modèles financés par la publicité.
La tendance est structurelle, pas conjoncturelle. L’agrégation et le bundling deviennent des modèles défensifs viables face à la multiplication des services SVOD coûteux. Les consommateurs cherchent à simplifier leur stack d’abonnements tout en réduisant la facture mensuelle. Exactement ce qu’on analysait dans le Streaming Radar #13 sur la fatigue liée aux abonnements multiples : le marché a atteint un point de saturation où chaque dollar supplémentaire devient difficile à justifier.
Pour Disney+, Prime Video et Max, l’implication est claire : recalibrer d’urgence la stratégie ad-tier versus l’attaque combinée de Netflix (qui double ses revenus pub), des FAST channels (qui grignotent le temps d’écran avec du gratuit), et des services de niche qui trouvent leur public. Les données Comscore valident la thèse que nous martelons depuis plusieurs semaines : la SVOD pure à 15-20 dollars par mois devient un produit de luxe pour une minorité, tandis que la majorité bascule vers l’ad-supported. La trajectoire pointe vers 60%+ de foyers américains en ad-supported d’ici fin 2026.
💸 Disney+ & Hulu : La Troisième Hausse Consécutive Qui Change la Donne
Disney ne fait pas dans la subtilité. Pour la troisième année consécutive, les prix de Disney+ et Hulu augmentent, cette fois de 2 à 3 dollars mensuels selon les formules. Appliquée le 28 octobre, cette hausse crée un seuil psychologique critique : Disney+ with ads passe de 9,99 à 11,99 dollars (+20%), Disney+ Premium grimpe de 15,99 à 18,99 dollars (+18,75%), et Hulu with ads suit la même trajectoire à 11,99 dollars. Seul Hulu Premium reste stable à 18,99 dollars.
Le nouveau bundle Disney+/Hulu/ESPN Unlimited est proposé à 29,99 dollars mensuels la première année - un pricing d’appel qui pousse vers le tier supérieur après la période promotionnelle. La stratégie est transparente : forcer la migration vers l’ad-tier en rendant le premium prohibitif pour la majorité. Les hausses successives (2023, 2024, 2025) ont créé un delta de prix suffisamment important pour que les consommateurs reconsidèrent leur choix initial.
Et ça fonctionne. Les données convergent : 45% des households Netflix sont déjà sur l’ad-tier, les FAST channels explosent à +43% d’heures visionnées, et maintenant Disney rend l’équation économique encore plus favorable à la publicité. Todd Spangler de Variety note que cette troisième augmentation consécutive pousse Disney à accepter une perte de subscribers premium en échange d’un ARPU ad-tier plus élevé. Un trade assumé : sacrifier la marge SVOD pure pour valider la viabilité des CPM publicitaires dans le streaming premium.
C’est exactement la dynamique qu’on observait dans le Streaming Radar #17 sur l’évolution des modèles hybrides : les plateformes testent le seuil de tolérance prix des consommateurs, puis ajustent leur mix produit en conséquence. Disney parie que la majorité des ménages américains préfèreront payer 12 dollars avec pub plutôt que 19 dollars sans pub - et les données marché lui donnent raison. La trendline 2026 ? Majorité des foyers US en ad-supported, avec une SVOD premium repositionnée comme produit haut de gamme pour une niche prête à payer le prix fort.
🏀 Amazon Prime Video NBA : Les Sports Live Redéfinissent la Monétisation CTV
Le lancement était attendu, l’innovation l’est moins. Amazon Prime Video démarre sa couverture NBA les 25-26 octobre avec 66 matchs de saison régulière sur 11 ans, mais ce qui change vraiment la donne, c’est l’intégration betting FanDuel annoncée le 21 octobre. Pour la première fois, une plateforme streaming majeure couple sports live et paris sportifs dans une expérience utilisateur unifiée.
Concrètement, les viewers Prime Video pourront afficher en temps réel les cotes FanDuel, suivre leurs paris personnalisés, et accéder aux statistiques de match enrichies - le tout sans quitter l’interface de streaming. Pas de placement de paris direct sur Prime (contraintes réglementaires), mais un écosystème FanDuel embarqué qui crée un driver CPM premium. Jay Marine, Head Prime Video Sports, et Mike Raffensperger, President FanDuel Sports, ont expliqué que cette intégration tire les leçons du succès NFL Thursday Night Football : multiview personnalisable, Key Moments, Rapid Recap - tous les outils interactifs qui ont boosté l’engagement.
Les chiffres donnent le vertige. Amazon détient 66 matchs saison régulière, Play-In Tournament, matchs de playoffs partiels, et les Finals exclusives pour la France en 2026. Sur le marché français, l’offre est encore plus généreuse : 86 matchs (vs 66 US), dont 29 prime-time dimanche. Et surtout, l’événement NBA devient un laboratoire pour tester des formats publicitaires premium à forte interaction. Les sports live génèrent typiquement des CPM 2x supérieurs au contenu linéaire standard - l’ajout de la dimension betting multiplie potentiellement ce premium.
La stratégie Amazon se précise : SVOD core (Prime Video inclus dans Prime) + sports premium events (NFL, NBA) + ads. Un modèle hybride qui monétise différemment selon le type de contenu. Le pari ? Que les sports live, couplés à des fonctionnalités interactives et betting, justifient des CPM premium qui compensent l’investissement massif dans les droits (deal NBA chiffré en milliards sur 11 ans). Après NFL qui a validé le modèle technique et opérationnel, NBA devient le test scale pour un calendrier beaucoup plus dense. Si Amazon réussit à industrialiser ce format, on peut s’attendre à voir d’autres deals sportifs (NHL, MLB, soccer européen) suivre le même pattern.
📰 CNN Parie Sur L’Abonnement News
Dans ce contexte d’explosion AVOD/FAST et de migration forcée vers la publicité, CNN fait le choix inverse. Le lancement de “CNN All Access” le 28 octobre à 6,99 dollars mensuels (ou 69,99 annuels, avec promo à 41,99 la première année) tente de monétiser directement l’actualité - là où tous les concurrents network (ABC News Live, NBC News Now, CBS News 24/7) restent gratuits et financés par la publicité.
L’offre combine plusieurs chaînes live, du contenu vidéo signature, et un accès complet aux articles CNN.com et à l’app mobile. “C’est une étape essentielle dans l’évolution de CNN alors que nous travaillons à offrir à nos audiences l’expérience complète de CNN dans un format qui reflète la façon dont elles consomment l’actualité aujourd’hui,” déclare Alex MacCallum, VP exécutive produits digitaux de CNN Worldwide. Le problème ? Le précédent CNN+ avait implosé après un mois d’existence en 2022 malgré des investissements massifs.
La réaction du public est... mitigée. “Qui paierait 7 dollars par mois pour CNN ?” s’interrogent les commentateurs sur les réseaux. Le consensus : personne n’a encore réussi à faire payer pour de l’info en ligne, “sauf si c’est déguisé en service de confirmation de biais.” NBC prépare son propre service news par abonnement pour plus tard cette année, mais les autres networks maintiennent fermement le modèle gratuit/pub.
Le pari CNN survient au pire moment : juste quand Comscore confirme l’explosion AVOD/FAST (+43%), que Disney pousse vers l’ad-tier avec ses hausses de prix, et que même Netflix qui double ses revenus pub reste largement moins cher avec un ad-tier à 11,99 incluant tout le catalogue. CNN devra prouver que l’actualité est un contenu assez premium pour justifier un abonnement dédié - un défi que ni le New York Times ni le Washington Post n’ont vraiment résolu à grande échelle sur la vidéo. Rendez-vous dans quelques mois pour voir si CNN réussit là où CNN+ a échoué.
🥊 WWE Raw sur Netflix : 10 Mois Plus Tard, Le Bilan
L’accord historique entre Netflix et la WWE, signé à 500 millions de dollars par an sur 10 ans, continue sa trajectoire depuis le lancement en janvier. Selon les données Netflix publiées en juillet, l’épisode de lancement du 6 janvier a atteint 6,9 millions de viewers – un record pour Raw en 2025. Depuis, l’audience s’est stabilisée autour de 2,9 millions de viewers hebdomadaires en moyenne, avec des fluctuations entre 2,3 millions (point bas en septembre) et 5,9 millions (point haut au lancement).
Le format reste immuable : chaque lundi à 20h ET (2h du matin heure française), deux heures de catch en direct depuis différentes arènes américaines. Cette semaine du 3 novembre, c’est le Rio Rancho Events Center au Nouveau-Mexique qui accueille le show. Netflix a compris que la régularité prime sur l’événementiel ponctuel – une leçon que Quibi n’avait pas saisie à l’époque avec ses contenus courts sans récurrence.
La stratégie de distribution globale mérite qu’on s’y attarde. Netflix déploie Raw dans plus de 50 territoires, dont les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l’Amérique Latine. C’est la première fois en 31 ans d’histoire que Raw quitte la télévision linéaire. Un basculement qui fait écho à notre analyse du Streaming Radar #9 sur la migration des contenus sportifs vers l’OTT.
L’événement majeur à venir ? Le dernier Raw de John Cena prévu le 17 novembre au Madison Square Garden. Netflix promeut massivement l’événement comme “ONE LAST RAW. ONE LAST TIME IN THE WORLD’S MOST FAMOUS ARENA.” Un exemple parfait de programmation événementielle qui devrait générer un pic d’audience significatif et tester la capacité de Netflix à gérer les charges de trafic live à grande échelle, exactement comme ils l’ont fait avec le combat Jake Paul vs Mike Tyson qui avait établi un record comme événement sportif le plus streamé de l’histoire.
📊 CTV & Publicité : La Croissance Paradoxale
Le marché publicitaire du streaming connecté connaît une phase étrange. D’un côté, les projections eMarketer estiment que les investissements CTV aux États-Unis atteindront 33,35 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 15,8% par rapport à 2024. De l’autre, le rapport Wurl sur les tendances CTV révèle que les taux de remplissage publicitaire (ad fill rate) sont en baisse par rapport aux années précédentes.
Le diagnostic est simple : l’offre d’inventaire publicitaire croît plus vite que la demande des annonceurs. La croissance explosive du temps de visionnage sur les chaînes FAST (Free Ad-Supported Streaming TV) génère mécaniquement plus d’espaces publicitaires disponibles. Résultat : des enchères moins compétitives et des opportunités pour les annonceurs qui savent identifier les bons créneaux.
Mais l’innovation publicitaire s’accélère aussi. Tubi a récemment lancé des “Carousel ads” permettant de faire défiler produits, vidéos et QR codes directement depuis la page d’accueil - une fusion entre e-commerce et streaming qui préfigure l’avenir du shoppable TV. Netflix annonce pour Q4 des formats IA-powered qui génèreront du creative publicitaire personnalisé en temps réel, adaptant à la fois le message et le placement selon le profil utilisateur. Amazon intègre betting dans NBA pour créer des CPM premium. On est loin du pré-roll 30 secondes standard.
Selon Nielsen, 56% des marketeurs mondiaux prévoient d’augmenter leurs dépenses CTV en 2025, contre 53% en 2024. Les secteurs automobile, voyage-tourisme, santé-pharmacie et services financiers sont en tête. À noter qu’en mars 2025, le streaming représentait 43,8% du temps total passé devant la TV aux États-Unis – une progression de 10 points en deux ans.
L’évolution du retail media dans la CTV révèle un basculement stratégique majeur. Selon eMarketer, le retail media représente désormais 15% des 33 milliards de dépenses CTV américaines (4,99 milliards), avec un taux de croissance trois fois supérieur à la recherche (search). L’acquisition de Vizio par Walmart illustre parfaitement cette convergence entre retail et streaming : fusionner les données comportementales d’achat avec l’exposition publicitaire CTV pour créer un environnement publicitaire en boucle fermée. Un modèle qui rappelle ce que nous évoquions dans le Streaming Radar #13 sur les nouveaux modèles de monétisation.
🆓 FAST : Les Chaînes Gratuites S’installent Durablement
Les chaînes FAST (Free Ad-Supported Streaming TV) ne sont plus une tendance émergente, mais un élément structurel du paysage streaming. Les données Wurl couvrant la période septembre 2024 - août 2025 révèlent que le contenu News représente en moyenne 8,5% du temps de visionnage total sur les plateformes FAST, pour 5,6% de pénétration des foyers. Un ratio temps/foyer qui démontre un engagement soutenu, même en dehors des pics d’actualité majeure.
Samsung TV Plus affiche désormais 88 millions d’utilisateurs actifs mensuels avec une croissance de 30% en glissement annuel. Les genres qui dominent : Reality, Drama et Documentaire. Mais la vraie surprise vient de la diversité : le visionnage se répartit sur 30 genres distincts, offrant aux annonceurs des opportunités de ciblage contextuel très fines. Les données Comscore confirment cette explosion : +43% d’heures regardées sur AVOD/FAST, largement supérieur à la croissance SVOD pure.
Selon Gracenote, il existe désormais 1 600 chaînes FAST rien qu’aux États-Unis. Les plateformes en croissance la plus rapide : The Roku Channel, Tubi et Pluto TV. La professionnalisation du secteur saute aux yeux. Les FAST ne sont plus perçues comme des chaînes de second choix, mais comme des destinations légitimes - exactement ce que révèle le rapport Comscore quand il note que les consommateurs “fuient vers des options plus abordables et plus simples.”
Le rapport IAB prévoit une hausse de 14% des investissements publicitaires vidéo digitale en 2025, pour atteindre 72,4 milliards de dollars (contre 63,8 milliards en 2024). Les FAST captent une part croissante de ce gâteau, notamment grâce à des CPM plus accessibles que les plateformes premium. La fatigue liée aux abonnements multiples joue évidemment en faveur des FAST. Les consommateurs cherchent des alternatives gratuites, et l’incertitude économique les pousse vers des options sans engagement. Un modèle qui rappelle la télévision gratuite d’antan, mais avec la granularité de ciblage du digital. Exactement ce que nous analysions dans le Streaming Radar #17 sur l’évolution des modèles hybrides.
🎯 Tendances Tech & Innovation : L’Infrastructure Se Réinvente
Au-delà des modèles économiques, c’est toute l’infrastructure technique du streaming qui évolue cette semaine 43. Trois innovations majeures se détachent.
IA Générative Pour la Publicité Personnalisée
Netflix annonce pour Q4 2025 le déploiement de formats publicitaires générés par IA. Selon leur lettre aux actionnaires, l’objectif est de “générer le creative publicitaire et le placement les plus pertinents pour chaque membre, et de développer plus rapidement les plans média.” Concrètement, l’IA analysera en temps réel le contexte de visionnage (genre de contenu, moment de la journée, historique utilisateur) pour composer dynamiquement des publicités adaptées - non seulement dans le ciblage, mais aussi dans la forme et le message.
“Avec ces avancées, nous serons capables de tester, itérer et innover sur des dizaines de formats publicitaires d’ici 2026,” précise Netflix. C’est une rupture majeure : on passe d’un inventaire publicitaire standardisé (le pré-roll 30 secondes) à un environnement où chaque exposition peut être unique, générée à la volée selon des paramètres d’optimisation. Les implications pour les annonceurs sont massives : meilleure performance, ROI mesurable en temps réel, et capacité à A/B tester massivement sans coûts de production prohibitifs.
Edge Computing et CDN Multi-Couches pour les Sports Live
Le lancement NBA sur Amazon Prime Video met en lumière les défis infrastructure du streaming sportif à grande échelle. Contrairement au contenu VOD qui peut être pré-positionné sur des caches edge, les événements live nécessitent une architecture CDN réactive capable de gérer les pics de trafic sans latence perceptible. Amazon, fort de son infrastructure AWS, déploie une stratégie multi-CDN avec edge computing distribué.
L’intégration betting FanDuel ajoute une couche de complexité : les cotes doivent être mises à jour en temps réel (quelques secondes de latence maximum), synchronisées avec le flux vidéo live, et servies à des millions de viewers simultanés. Cela nécessite une architecture de streaming à faible latence (low-latency streaming) probablement basée sur CMAF-LL (Common Media Application Format - Low Latency) ou des protocoles propriétaires AWS.
Le défi technique ? Maintenir une latence globale sous 10 secondes end-to-end tout en servant 66 matchs par saison sur 11 ans. Amazon teste ici une infrastructure qui, si elle tient, deviendra le standard pour tous les événements sportifs live streamés. Les retours d’expérience NBA façonneront les deals futurs (NHL, MLB, soccer européen).
Formats Publicitaires Interactifs et Shoppable TV
Tubi innove avec ses “Carousel ads” qui fusionnent e-commerce et streaming. Le viewer peut faire défiler une galerie de produits, visionner des vidéos courtes, scanner des QR codes - le tout sans quitter l’interface de streaming. Selon Innovid, les publicités interactives génèrent en moyenne 71 secondes d’engagement supplémentaire par rapport aux pré-rolls standards.
L’évolution vers le shoppable TV s’accélère. Les formats incluent désormais des overlays avec QR codes, des galeries de produits à parcourir, et même des expériences “choose-your-own-adventure” où le choix du viewer influence la suite de la publicité. Walmart, avec son acquisition Vizio, teste des formats encore plus intégrés : affichage des produits disponibles en magasin local pendant qu’ils apparaissent dans le contenu streamé, avec ajout au panier direct depuis la télécommande.
L’ère de la publicité passive touche à sa fin. L’interactivité devient la norme, portée par des technologies comme WebAssembly qui permettent d’embarquer des mini-applications dans les flux vidéo, et par l’amélioration continue des interfaces utilisateur sur smart TV (télécommandes vocales, navigation gestuelle). Le retail media convergent vers le streaming crée un environnement où la frontière entre contenu, publicité et commerce s’estompe - exactement ce que préfigurait l’analyse Streaming Radar #13 sur les nouveaux modèles de monétisation.
Mesure et Attribution en Temps Réel
L’agence QKS Group a désigné Innovid comme “Most Valuable Pioneer” 2025 pour son utilisation de l’IA dans l’AdTech. Les solutions de mesure évoluent pour offrir attribution en temps réel, permettant aux annonceurs d’ajuster leurs campagnes en cours de diffusion. Fini le temps où il fallait attendre la fin de la campagne pour mesurer l’impact - désormais, l’optimisation est continue et automatisée.
Ces innovations convergent vers un écosystème où la frontière entre tech et contenu s’estompe. Le streaming devient une plateforme applicative où se greffent services de paiement (betting), e-commerce (shoppable ads), personnalisation IA (creative dynamique), et mesure d’impact en temps réel. Exactement la vision “streaming as a platform” que les acteurs tech-first (Netflix, Amazon, Google) maîtrisent mieux que les studios traditionnels.
Conclusion
Cette semaine 43 restera comme celle du grand basculement confirmé. L’actualité majeure : Netflix rate ses prévisions de bénéfices à cause d’une charge fiscale brésilienne de 619 millions, mais les fondamentaux prouvent la viabilité du modèle hybride - 11,51 milliards de revenus (+17%), business publicitaire qui double, ad-tier à 45% des households US, et free cash flow record à 9 milliards annuels. Le passage au modèle “engagement over volume” (abandon des chiffres d’abonnés) commence à porter ses fruits, validant le pivot stratégique qu’on suit depuis le Streaming Radar #9.
Côté business, Comscore enfonce le clou : +43% d’heures visionnées sur AVOD/FAST versus 10-15% sur SVOD pure. Disney accélère la migration forcée avec sa troisième hausse de prix en trois ans, créant un delta économique qui rend l’ad-tier irrésistible pour la majorité. Amazon lance NBA avec intégration betting FanDuel, prouvant que les sports live peuvent générer des CPM premium 2x supérieurs au contenu standard. CNN parie 6,99 dollars sur l’actualité payante - un test qui déterminera si l’info peut devenir contenu premium, là où CNN+ avait échoué.
L’infrastructure technique suit avec des innovations majeures : formats publicitaires générés par IA (Netflix Q4), architecture edge computing multi-CDN pour sports live à faible latence (Amazon NBA), shoppable TV avec carousel ads interactifs (Tubi), et mesure d’attribution en temps réel. Le streaming devient une plateforme applicative où convergent contenu, commerce, betting et personnalisation IA - un terrain où les acteurs tech-first dominent.
La tendance lourde ? 2026 sera l’année où la majorité des foyers américains basculeront en ad-supported (trajectoire 60%+). La SVOD pure à 15-20 dollars devient un produit de luxe pour une niche, pendant que l’hybride (ad-tier + premium optionnel) s’impose comme standard. Les prochaines semaines diront si CNN réussit son pari news, si Disney maintient le momentum ad-tier malgré les hausses de prix, et si l’infrastructure Amazon tient face aux 66 matchs NBA par saison. Rendez-vous semaine prochaine pour la suite.


